Guo Renjie, fondateur et PDG de la start-up chinoise JoyIn, accuse OpenAI d’avoir copié le modèle et le site web de son robot humanoïde Aether. Dans une lettre ouverte, le P.-D. G relève des similitudes techniques et visuelles entre les deux entreprises, puis annonce une procédure judiciaire.

Le vocabulaire employé par OpenAI pour présenter son nouveau modèle GPT-6 Astra ressemble, par endroits, à celui que JoyIn utilisait déjà pour son robot humanoïde. La start-up chinoise avait présenté un concept de « visiteur extraterrestre » lors d’une prise de parole dans la Silicon Valley, un mois avant que le scientifique en chef d’OpenAI, Jakub Pachocki, ne publie, le 6 septembre, un texte intitulé « Un esprit extraterrestre ».
Selon Guo Renjie, cette ressemblance est une distillation directe de son travail, jusque dans la conception du site web consacré au modèle d'’OpenA.
Ce terme, qui n’a rien à voir avec les alambics de nos campagnes, désigne, dans l’intelligence artificielle, l’entraînement d’un modèle à partir des réponses d'un modèle concurrent plus avancé, afin d’en reproduire les capacités sans supporter le coût de la recherche initiale.
Selon CNBC, qui révèle cette affaire, OpenAI n'a pas répondu à une demande de commentaire.
Des concepts techniques repris presque mot pour mot
Bien sûr, à chacun son interprétation, mais l’analyse très minitieuse de Guo Renjie a de quoi faire tiquer.
Pour la petite histoire, le modèle Aether est développé par une équipe dirigée par Zhu Mingxuan, qui a travaillé auparavant chez Figure, une entreprise américaine de robots humanoïdes. Ce modèle affiche un taux de réussite de 90 % dès la première tentative sur des tâches physiques, grâce à une approche perceptive plutôt que textuelle du contrôle des robots.
À la mi-août, JoyIn avait présenté, selon Guo Renjie, le cadre conceptuel qui sous-tend Aether, fondé sur l’auto-amélioration récursive et sur l’utilisation de l’IA pour optimiser la puissance de calcul, avant que Jakub Pachocki ne reprenne les deux notions presque dans les mêmes termes, trois semaines plus tard.
Guo Renjie a aussi relevé une conception quasi identique entre la page consacrée à GPT-6 Astra et celle de son modèle Aether, mise en ligne deux mois plus tôt, car les deux pages ont les mêmes effets de particules inspirés de l'’espace.
L'’auto-amélioration récursive et l’optimisation de la puissance de calcul sont des sujets de recherche partagés par l’ensemble du secteur de l’intelligence artificielle, même si chaque entreprise les met en œuvre à sa manière.

Une distillation surveillée
On vous rapportait qu’Anthropic avait accusé Alibaba d’avoir pillé Claude à partir de 28 millions d’échanges, puis la NSA, le FBI et l’agence de cybersécurité américaine CISA ont nommé, deux mois plus tard, six entreprises chinoises pour ce motif dans une alerte conjointe, soit DeepSeek, Alibaba, Moonshot AI, MiniMax, StepFun et Z.AI, accusées d'avoir utilisé des VPN et des comptes détournés pour extraire, via des API, des données de raisonnement issues de Claude, de GPT et de Gemini.
Deux jours plus tard, dans son rapport sur les usages malveillants de Claude, Anthropic a affirmé avoir identifié plusieurs entreprises technologiques chinoises derrière des cas de distillation illicite, et a indiqué leur avoir coupé l’accès à ses modèles. Le patron de Y Combinator, Garry Tan, prend le contre-pied de cette position. Le fondateur de l’accélérateur a expliqué à CNBC qu’il ne ferait « rien » contre la distillation, et a rappelé que les entreprises américaines avaient entraîné leurs modèles sur des données protégées par le droit d’auteur, un point tranché en 2025 par l’accord entre Anthropic et un groupe d’auteurs américains.
Malgré cette surveillance, les entreprises chinoises de robotique humanoïde continuent de lever des fonds. JoyIn, fondée en décembre 2024, a commercialisé un premier produit, le robot compagnon M1, qui compte plus de 30 000 commandes, et dévoilé une nouvelle marque, Zeroth, pour ses futurs robots humanoïdes. Le 2 juillet 2026, Ant Group a mené une levée de fonds de 500 millions de yuans, environ 63 millions d’euros, aux côtés de Geely Capital, 37 Interactive Entertainment, Yuanhe Puhua et Monolith Management. Avec cette opération, le total des capitaux réunis par JoyIn depuis sa création s’élève à environ 127 millions d’euros en dix-huit mois, et il s’agit aussi du douzième investissement d’Ant Group dans les robots humanoïdes chinois en dix-huit mois.