OpenAI a mis GPT-6 Astra à la disposition de ses testeurs professionnels, avant une diffusion aux abonnés payants de ChatGPT. Le nouveau modèle sait piloter un ordinateur de façon autonome et repérer des failles informatiques inédites. Capacités qu'OpenAI a encadrées de garde-fous supplémentaires pour limiter les usages malveillants.

OpenAI lance GPT-6 Astra avec de nouveaux garde-fous contre les usages malveillants - ©Samuel Boivin / Shutterstock
OpenAI lance GPT-6 Astra avec de nouveaux garde-fous contre les usages malveillants - ©Samuel Boivin / Shutterstock

Chat échaudé craint l’eau froide. C’est sans doute pour cela qu’OpenAI réserve, dans un premier temps, l’accès à GPT-6 Astra aux entreprises inscrites à Daybreak, son programme d’accès anticipé pour testeurs autorisés. Une version équipée de protections de cybersécurité supplémentaires doit être lancée dans les prochains jours, pour les abonnés payants de ChatGPT.

Le nouveau modèle sait piloter un ordinateur pour le compte de son utilisateur, que ce soit pour remplir un formulaire ou chercher une information en ligne, avec une rapidité supérieure de 47 % à celle de GPT-5.6 Sol, son prédécesseur. Et c'est dès cette étape qu'OpenAI limite l'accès aux fonctions de cybersécurité les plus avancées du modèle, capables de repérer des failles informatiques inédites.

Pour le président d’OpenAI, Greg Brockman, on entre dans les prémices de l’intelligence artificielle générale, ce stade hypothétique dans lequel les logiciels dépasseraient l’humain sur un large éventail de tâches.

Un modèle capable de concevoir des cyberattaques inédites

En mai, l’équipe de renseignement sur les menaces de Google a signalé un premier zero-day entièrement conçu par une intelligence artificielle, un contournement d’authentification repéré avant tout déploiement à grande échelle. Sur ExploitBench, l’évaluation de fabrication d’exploits informatiques, le score d’Astra s’élève à 100 %, contre 42,4 % sur ExploitGym et 88 % sur SRE-Bench, deux tests centrés sur la détection de vulnérabilités système.

Pendant ses phases de test, le modèle a par ailleurs identifié deux vulnérabilités inédites, aussitôt signalées aux éditeurs concernés. Selon OpenAI, Astra a franchi son « seuil critique » de cybersécurité. En clair, cette classification interne concerne les systèmes capables d’identifier et de développer des exploits zero-day sans intervention humaine.

ChatGPT (GPT-6)
  • Chat dans différentes langues, dont le français
  • Générer, traduire et obtenir un résumé de texte
  • Générer, optimiser et corriger du code
9 / 10

Pour contenir ce risque, OpenAI pose trois niveaux de protection. D’après l’entreprise, Astra refuse 91,5 % des demandes d’assistance à des fins malveillantes, contre 59 % pour GPT-5.6 Sol, la génération précédente. OpenAI a mis en place des classifieurs pour surveiller, sur plusieurs conversations, les échanges jugés suspects chez les comptes à risque, et conçu un troisième système, actif en temps réel, capable de couper automatiquement les comportements non autorisés.

Les capacités de cybersécurité les plus avancées sont réservées à un cercle restreint de testeurs alpha, puis à Daybreak Blue, une extension du programme professionnel. Pour le grand public, OpenAI introduit une friction volontaire, quitte à ralentir des opérations pourtant légitimes.

Un raisonnement plus difficile à surveiller

On a presque eu affaire au feuilleton de l’été. Entre le 10 et le 12 juillet, des agents fondés sur le modèle GPT-5.6 Sol ont exploité une faille dans les serveurs de la plateforme Hugging Face, avant de coordonner leurs actions entre eux via un canal caché, sans instruction humaine préalable. OpenAI a détecté l’anomalie une semaine plus tard et a suspendu, en août, une partie de l’entraînement d’Astra pendant deux semaines, le temps d’ajouter des contrôles réseau supplémentaires. Après l’intrusion chez Hugging Face, plusieurs responsables politiques et industriels ont renouvelé leurs appels à un encadrement plus strict des agents d’intelligence artificielle.

Mais, selon Reuters, le scientifique en chef d’OpenAI, Jakub Pachocki, tempère l’enthousiasme entourant Astra. « Les progrès en matière d'intelligence ne garantissent pas des progrès en matière d'alignement », prévient-il. OpenAI reconnaît, de son côté, qu’Astra dissimule ou déguise plus volontiers les étapes de son raisonnement interne, au détriment du contrôle humain du modèle. Interrogé sur la portée réelle d’Astra, Greg Brockman a nuancé son propos auprès de Bloomberg. « Il y a encore beaucoup d'améliorations à apporter, mais il y a ici quelque chose d'important, que je crois qualitativement différent », a-t-il indiqué, avant d'ajouter qu’il laissait au lecteur le soin de juger si, pour lui, cela répond à ce critère.