GitHub passait l'après-midi de lundi en panne mondiale. Cursor a choisi ce jour précis pour ouvrir la bêta d'Origin, sa forge de code pensée pour les agents IA. Le hasard du calendrier fait parfois très bien les choses.

SpaceX a officiellement bouclé le 14 août le rachat d'Anysphere, l'éditeur de Cursor, pour 60 milliards de dollars en actions, deux mois après avoir levé son option d'achat. Trois jours plus tard, la jeune pousse ouvrait la bêta d'Origin, sa propre plateforme d'hébergement de code, présentée en juin lors de sa conférence Compile. GitHub, propriété de Microsoft et choix consensuel des développeurs, a passé ce même lundi en panne mondiale. L'enchaînement est documenté par la page de statut du service, les annonces de Cursor et les décomptes de l'observatoire IncidentHub.
Origin ouvre sa bêta le jour où GitHub s'effondre
Une forge de code, pour situer, tient à la fois du coffre-fort et de l'atelier : on y range les versions successives d'un logiciel et on y relit les modifications des collègues avant de les fusionner. Origin reprend ce rôle en le repensant pour des usagers d'un genre nouveau, les agents de programmation, ces IA qui écrivent et poussent du code sans supervision humaine continue. La bêta, ouverte par vagues depuis le 17 août aux abonnés payants de Cursor (formules Pro, Teams et Enterprise), synchronise chaque dépôt avec GitHub en temps réel, ce dernier restant la référence tant que l'équipe n'en décide pas autrement. Les agents maison peuvent y créer leurs propres dépôts, les demandes de fusion s'empilent en série pour suivre la cadence des machines, et la disponibilité générale est annoncée pour l'automne. Lors de la démonstration de juin, la plateforme aurait encaissé 22,6 commits par seconde sur un dépôt unique, soit environ 81 000 poussées de code par heure (les chiffres viennent de Cursor et n'ont fait l'objet d'aucune mesure indépendante).

Le même jour, à 13 h 40 UTC, GitHub ouvrait un incident majeur. Environ 20 % des requêtes tombaient en erreur sur le site et l'API, et la moitié des téléchargements d'archives échouaient. Copilot, déjà chahuté ce printemps par ses nouvelles limites d'usage, est resté hors service plus longtemps que le reste. L'ensemble a duré plus de trois heures. L'épisode prolonge une année déjà chargée, avec 48 pannes du seul service Actions recensées entre le 1er janvier et le 7 août selon IncidentHub, dont 26 qualifiées de majeures (les habitués de la page de statut connaissent le chemin par cœur). La panne a d'ailleurs retardé le déploiement du nouveau venu lui-même. Cursor, qui a sorti de nouveaux modèles Grok avec les équipes de xAI ces dernières semaines, ne pouvait pas rêver meilleure bande-annonce.
- Prédiction de code intelligente
- Compréhension du codebase
- Édition en langage naturel
Codeberg bannit le code des IA, Origin lui déroule le tapis rouge
Il serait dommage de résumer cette « gueguerre des forges » à Musk et Microsoft. Le 22 juillet, les membres de Codeberg, la forge associative allemande qui héberge plus de 300 000 dépôts, ont voté à 71 % l'interdiction des dépôts majoritairement générés par IA. La motion s'accompagne d'un engagement à ne jamais entraîner de modèles sur le code confié. Origin prend le chemin exactement inverse et fait des agents ses premiers usagers, deux philosophies irréconciliables pour un même métier. Entre les deux, une troisième voie avance, celle des États. Les Pays-Bas expérimentent une forge publique bâtie sur le logiciel libre Forgejo, parmi les premiers États européens à franchir le pas ; la France, elle, recense les codes de ses administrations sur code.gouv.fr et inscrit GitLab à son socle interministériel de logiciels libres (tout en hébergeant le code de Sécurix, son fork de NixOS, sur GitHub). Reste la question que ni la panne ni la bêta ne règlent : où dort le code. Origin ajoute un hébergeur américain de plus, propriété de SpaceX désormais, et le Cloud Act, cette loi qui autorise les autorités américaines à réclamer les données détenues par leurs entreprises, s'y applique comme chez GitHub. Une dépendance de plus, en somme. Pour une entreprise européenne soucieuse de conformité, l'équation reste donc rigoureusement la même, quel que soit le logo sur la page d'accueil.
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