Trois ans à payer au poids du clic, et voilà le bilan : X jette son programme de partage de revenus pour ne plus rémunérer, promet-il, que l'originalité. Les fermes à engagement ont un mois pour faire leurs cartons.

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Lancé en 2023 dans la foulée du rachat par Elon Musk, le partage des revenus publicitaires devait prouver que le réseau social pouvait faire vivre ses créateurs. Trois ans et beaucoup de dérives plus tard, la plateforme préfère la table rase. Le compte officiel X Creators a annoncé vendredi la fin du dispositif, remplacé par un « Original Content Rewards Program ». Le calendrier, lui, est déjà arrêté.

Un enterrement express et un ticket d'entrée corsé

Les inscriptions au vieux programme sont closes depuis le 7 août, les revenus courront jusqu'au 7 septembre, et trois derniers versements solderont les comptes (mi-août, fin août, puis autour du 11 septembre). Place ensuite au nouveau régime, qui entend récompenser « les idées originales, l'expertise, le reportage, la créativité et le commentaire ». La liste noire donne le ton : contenus copiés sur d'autres comptes, vidéos rapatriées de TikTok ou d'ailleurs, publications à peine retouchées, compilations sans apport réel. S'y ajoutent les messages épinglés d'une note de la communauté, et jusqu'aux tutoriels expliquant comment maximiser ses gains (le règlement interdit les guides d'optimisation du règlement, il fallait y penser).

X.com (ex-Twitter)
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8 / 10

Côté admission, la barre monte d'un cran : 18 ans, un compte en règle et un abonnement Premium, Premium+ ou Premium Business actif. S'ajoutent 500 abonnés vérifiés et au moins 500 000 impressions d'utilisateurs vérifiés sur les 90 derniers jours (les réponses ne comptent pas). Seules les « impressions qualifiées » nourriront ensuite le compteur, c'est-à-dire des vues uniques d'abonnés payants ayant affiché au moins la moitié d'une publication dans leur fil principal. Un cinéma qui ne compterait que les spectateurs munis de la carte du club, en somme. Les versements tomberont toutes les deux semaines, à partir du 28 août, ou du 25 septembre pour les anciens membres qui candidateront dès l'ouverture du 8 septembre.

Trois ans de rustines pour un rapport de force inchangé

Le programme n'a jamais vraiment connu de régime de croisière. À l'été 2023, X abaissait déjà son seuil d'accès de 15 à 5 millions d'impressions pour élargir le vivier. À l'automne suivant, Elon Musk démonétisait les publications corrigées par une note de la communauté, officiellement pour cesser de récompenser la viralité des intox. En mars dernier, nouvelle salve : 90 jours de suspension pour les fausses vidéos de guerre générées par IA, et chasse aux comptes se faisant passer pour américains. La séquence s'est conclue par une marche arrière en quelques heures sur la pondération des impressions locales. À l'époque, la plateforme versait environ 8,50 dollars par million d'impressions, sans distinction d'origine ni de qualité. Le grand ménage d'août ressemble donc moins à une idée neuve qu'à un constat d'échec, formulé cette fois noir sur blanc.

En France, ce feuilleton fait écho à l'avis rendu en février par l'Autorité de la concurrence sur la dépendance structurelle des créateurs. Le gendarme de la concurrence y recensait quelque 150 000 professionnels, un marché estimé à 6,8 milliards d'euros en 2025, et surtout l'absence de toute obligation légale de partage des revenus pour les plateformes. L'institution visait d'abord la vidéo, YouTube, TikTok, Instagram et Twitch en tête, et X n'y figurait même pas parmi les acteurs incontournables. La démonstration s'applique pourtant trait pour trait au réseau d'Elon Musk : les règles se fixent d'un seul côté de la table, et de l'autre, on s'adapte ou l'on s'en va.