X a annoncé mardi soir une refonte de son programme de partage des revenus, pour donner plus de poids aux impressions locales. Quelques heures plus tard, Elon Musk suspendait lui-même la mesure.

Il semble que chez X.com, on ne sache pas accorder ses violons. Nikita Bier, le responsable produit du réseau social d'Elon Musk, a publié sur son compte mardi soir qu' à compter de jeudi, les impressions générées dans le pays d'origine du compte pèseraient plus lourd que celles venues de l'étranger dans le calcul des revenus des créateurs. Il s'agissait de décourager les comptes qui publient en anglais sur la politique américaine ou japonaise uniquement pour capter des audiences lucratives, sans lien réel avec ces marchés. Comme vous pouvez le voir dans la publication ci-dessous, il entendait vouloir « encourager les contenus qui trouvent un écho auprès des personnes de votre pays, des pays voisins et des personnes qui parlent votre langue ».
Ça n'a pas pris. En quelques heures, des créateurs du monde entier ont répondu sur la plateforme. Beaucoup publient en anglais pour toucher une audience internationale, et la pondération géographique les aurait pénalisés sans qu'ils aient rien fait de manipulatoire. Il n'en a pas fallu plus à Elon Musk, qui a répondu en une phrase dans la nuit : « Nous allons suspendre ce projet jusqu'à nouvel ordre », a-t-il répondu, notamment à une créatrice de contenus française qui expliquait publier en anglais car 40 % de son audience provenait des États-Unis.
Une logique anti-manipulation qui ne distinguait pas les publics
À l'origine, l'idée n'était pas absurde. En novembre dernier, X avait introduit un champ dans les profils pour indiquer le pays d'origine d'un compte, pour lutter contre la désinformation politique. La nouvelle règle de rémunération était concernée, car certains comptes fabriquent du contenu sur des crises locales étrangères pour générer de l'engagement artificiel. Le problème, c'est que tout le monde aurait été logé à la même enseigne.
Le journaliste tech kenyan qui publie en anglais pour ses 200 000 abonnés américains, le créateur portugais qui commente la Premier League, le compte nigérian qui parle cinéma mondial et qui a bâti son audience internationale sur plusieurs années. Aucune distinction entre une ferme à clics et un vrai profil de créateur.
Avec la nouvelle pondération, leurs revenus auraient chuté, alors qu'actuellement X verse environ 8,50 dollars par million d'impressions sans distinction géographique.

Avec un tel pilotage à vue, quid de la stabilité de X.com ?
En seulement quelques heures et en fonction des réactions, on est passé de tout à son contraire. Annonce officielle le soir, retrait dans la nuit, avant même que la mesure soit entrée en vigueur. Les créateurs de contenus qui tirent une partie de leurs revenus de X.com on dû se retrouver dans un ascenseur émotionnel soudain. On peut en tant que spectateur et lecteur, se demander si ce nouveau programme de monétisation va tenir la route et surtout, pendant combien de temps.
D'autant plus qu'on n'est pas sur une première fois. Début mars, Nikita Bier avait annoncé également sur son compte X.com une suspension de 90 jours du partage des revenus pour les créateurs qui diffusent des vidéos de conflits armés générées par IA sans les étiqueter.
Avant ça, sur Clubic, on vous avait parlé des premières évolutions du programme de monétisation dès 2023, quand les créateurs français touchaient à peine quelques centaines d'euros pour des dizaines de millions d'impressions.
Depuis, les règles du jeu n'ont cessé de bouger. Trois ans plus tard, finalement, rien n'a vraiment changé pour les créateurs de contenus sur X.com, qui cherche encore comment concilier la lutte contre la manipulation et préserver une base de créateurs internationaux qui lui donnent sa valeur.
Source : TechCrunch