Aux États-Unis, le régulateur des télécoms, la FCC, a validé la réattribution de 160 mégahertz de bande C supérieure vers les réseaux mobiles américains. Les opérateurs satellites européens SES et Eutelsat vont recevoir une compensation financière allant de 504 millions à 5,6 milliards de dollars d'ici 2031.

La bande C supérieure, utilisée par les satellites de télécommunications, va progressivement être réattribuée aux réseaux mobiles terrestres aux États-Unis. © buradaki / Shutterstock
La bande C supérieure, utilisée par les satellites de télécommunications, va progressivement être réattribuée aux réseaux mobiles terrestres aux États-Unis. © buradaki / Shutterstock

La Commission fédérale des communications (FCC) a officiellement acté son grand chantier de réorganisation du spectre. L'agence américaine libère 160 mégahertz de bande C supérieure, jusqu'ici occupée par les satellites, pour les mettre au service des réseaux mobiles terrestres, via un système d'enchères qui devra aboutir avant juillet 2027. En coulisses, les opérateurs satellites concernés, le Français Eutelsat et le Luxembourgeois SES, touchent au passage un joli chèque de compensation, échelonné jusqu'en 2030-2031.

SES et Eutelsat vont toucher des centaines de millions à plusieurs milliards de dollars

Le texte en question est une décision officielle de la FCC, qui pour être très clair, est l'équivalent américain de l'ARCEP en France. Concrètement, il réattribue 160 mégahertz, une tranche de fréquences radio jusqu'ici réservée aux satellites, vers les réseaux mobiles terrestres. Pour les opérateurs télécoms américains, plus de fréquences disponibles, c'est forcément plus de voies pour faire circuler les données, donc de meilleurs débits pour absorber l'explosion du trafic mobile. La bascule se fera via une vente aux enchères, dont les résultats sont attendus avant juillet 2027.

Chez SES, on respire. Le groupe pourrait empocher environ 5,6 milliards de dollars de paiements incitatifs, à condition de tenir les délais de libération fixés en 2030 et 2031, avec en prime un remboursement de ses coûts de transition jugés raisonnables et nécessaires, validés par une chambre de compensation dédiée. Son PDG Adel Al-Saleh a salué ce week-end la réactivité du président de la FCC, Brendan Carr, et de ses équipes, tout en promettant que les clients actuels de la bande C ne verront quasiment aucune différence pendant la transition.

Du côté du Français Eutelsat, le groupe empochera 504 millions de dollars (443 millions d'euros) avant impôts, sous réserve de respecter deux échéances de migration, toutes deux calées sur 2031, un calendrier un cran plus serré que celui de son homologue luxembourgeois. Petit coup de pouce supplémentaire : ses frais de transition seront intégralement remboursés. Son directeur général Jean-François Fallacher vante une étape importante pour les opérateurs satellites et télécoms américains, et promet aussi une migration transparente pour ses clients.

Pourquoi cette manne financière a du sens

Si la FCC ménage autant les satellites, c'est parce que cette portion du spectre sert aujourd'hui à faire tourner des services jugés essentiels par les deux opérateurs, qu'il s'agisse de connectivité ou de diffusion de contenus. D'où cette volonté affichée de sécuriser une transition en douceur, histoire d'éviter toute coupure de service pendant que les fréquences changent de mains.

Entre les deux opérateurs, l'écart de compensation saute aux yeux, c'est le moins qu'on puisse dire, avec 5,6 milliards pour SES, 504 millions pour Eutelsat. En réalité, les deux communiqués ne détaillent pas le mode de calcul retenu par la FCC pour fixer ces montants. Pour la petite histoire, SES a récemment absorbé Intelsat, un fournisseur de services de télécommunications par satellites, tandis qu'Eutelsat s'appuie sur sa flotte fusionnée avec la constellation OneWeb, mêlant satellites géostationnaires et constellation en orbite basse.

Les deux opérateurs assurent vouloir avancer main dans la main avec la FCC et l'ensemble des parties prenantes pour une migration sans accroc. Ni SES ni Eutelsat ne précisent pour l'heure l'usage qu'ils comptent faire de ces sommes, mais le calendrier, lui, est établi. En tout cas, au-delà des sommes évoquées, c'est surtout la fin d'une incertitude réglementaire qui pesait depuis des années sur ces deux opérateurs qui pourrait leur permettre, enfin, de tourner la page et de se concentrer sur leurs prochains défis, entre concurrence des mégaconstellations et course au multi-orbite.