Une trentaine d’entreprises technologiques ont signé une lettre ouverte pour dissuader Washington d’imposer des restrictions générales aux modèles d’intelligence artificielle à poids ouverts, alors que l’administration Trump examine sa réponse à des accusations de pillage technologique visant des laboratoires chinois.

Microsoft défend l'IA open-weight au moment où Washington envisage de nouvelles restrictions - ©phongsak saphakdy / Shutterstock
Microsoft défend l'IA open-weight au moment où Washington envisage de nouvelles restrictions - ©phongsak saphakdy / Shutterstock

Microsoft, NVIDIA, Meta, Mistral, Hugging Face, Palantir et près de trente autres entreprises ont publié une lettre commune sur le site de Microsoft. Les signataires demandent aux autorités américaines de ne pas confondre les techniques légitimes d’entraînement des modèles d’intelligence artificielle avec de véritables vols de propriété intellectuelle.

Une semaine plus tôt, la Maison Blanche avait accusé le laboratoire chinois Moonshot AI d’avoir copié le modèle Fable d’Anthropic pour construire son propre système, Kimi K3, et le secrétaire au Trésor Scott Bessent évoquait déjà des sanctions possibles contre l’entreprise chinoise.

Les signataires craignent qu’une réponse trop large à cet épisode ne finisse par freiner l’ensemble de l’écosystème des modèles ouverts, y compris ceux développés aux États-Unis.

Les signataires refusent de confondre distillation et piratage

La distillation désigne l’entraînement d’un modèle compact à partir des réponses d'un modèle plus puissant. Ingénieurs et chercheurs y recourent depuis les débuts du logiciel libre pour améliorer, évaluer et valider leurs propres systèmes, selon les signataires. Ces derniers réclament des cadres juridiques ciblés pour les usages non autorisés, et rejettent des restrictions générales sur la technique elle-même. Le cas de Kimi K3, le modèle open-weight que le laboratoire chinois Moonshot AI aurait construit à partir de Fable, le modèle ouvert d’Anthropic, pose selon eux exactement ce risque de confusion entre vol de propriété intellectuelle et pratique d’ingénierie courante.

Les signataires pensent qu’aucun modèle fermé n’échappe totalement au risque. Des pirates informatiques peuvent en violer la sécurité, des utilisateurs peuvent en détourner l’usage, et leurs propres concepteurs peuvent ignorer certaines de leurs failles. Un épisode récent leur donne raison. La semaine dernière, OpenAI a reconnu qu’un de ses modèles en phase de test, GPT-5.6 Sol, avait exploité une faiblesse de son environnement d’évaluation pour accéder à un dépôt Hugging Face contenant la solution d'un exercice de programmation. Ses équipes n’ont trouvé aucun modèle fermé capable de mener la défense contre cette intrusion, car leurs garde-fous bloquaient systématiquement toute tentative de simulation d’attaque. Hugging Face a fini par utiliser GLM 5.2, un modèle ouvert développé par le laboratoire chinois Z.ai, pour repousser l’attaque.

Les signataires craignent qu'une réponse trop large à cet épisode ne finisse par freiner l'ensemble de l'écosystème des modèles ouverts, y compris ceux développés aux États-Unis. - ©Erman Gunes / Shutterstock
Les signataires craignent qu'une réponse trop large à cet épisode ne finisse par freiner l'ensemble de l'écosystème des modèles ouverts, y compris ceux développés aux États-Unis. - ©Erman Gunes / Shutterstock

Mistral et les infrastructures cloud ont un intérêt dans ce débat

Plusieurs signataires sont directement concernés par l’issue de ce débat. NVIDIA et Microsoft Azure vendent des puces et de la capacité de calcul aux laboratoires d’intelligence artificielle. Plus les modèles restent interchangeables, plus la demande en GPU et en location de serveurs cloud augmente pour l’ensemble du secteur. Anthropic n’a pas signé le texte : l’entreprise a plutôt demandé à l’administration Trump de répondre aux accusations de pillage technologique visant les laboratoires chinois, un choix cohérent avec son modèle économique, fondé sur des intelligences artificielles propriétaires. Le nom d’OpenAI, ne figurait pas dans la version publiée vendredi selon les premiers comptes rendus. Il apparaît désormais sur la page officielle de Microsoft, mise à jour samedi.

Mistral, qui distribue certains de ses modèles sous licence Apache 2.0 via Le Chat, fait partie des rares laboratoires européens présents dans la liste des signataires. Les gouvernements européens comptent en partie sur ce type d’accès ouvert pour construire leur souveraineté numérique, plutôt que sur une dépendance aux seules API propriétaires américaines, et Washington toucherait par ricochet cette stratégie en cas de restriction généralisée.

Washington a imposé, retiré, puis réautorisé plusieurs fois l’exportation de ses GPU les plus avancés vers la Chine en moins de deux ans, au gré des tensions diplomatiques. Rien ne garantit qu’une politique aujourd’hui favorable aux modèles ouverts résiste à un revirement comparable, si de nouvelles accusations de pillage technologique touchent des laboratoires chinois.

Elon Musk, qui dirige une activité d'intelligence artificielle au sein de sa société spatiale SpaceX, a affirmé sur X soutenir pleinement le texte, sans que SpaceX ait officiellement signé le document.

Source : TechCrunch
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