La deeptech française Plaskimia a dévoilé une plateforme industrielle qui associe plasma froid, flux continu et intelligence artificielle pour réinventer la fabrication des molécules. Une technologie qui promet des réactions chimiques plus rapides, plus sobres et surtout moins polluantes.

Et si la prochaine révolution de la chimie ne venait pas d'une nouvelle molécule, mais de la façon de la fabriquer ? C'est le pari de Plaskimia, née de treize ans de recherche à Chimie Paris-PSL, qui nous présente ce vendredi 24 juillet une plateforme mêlant plasma froid, flux continu et intelligence artificielle. À la clé, des réactions jusqu'à dix fois plus rapides et une empreinte carbone allégée jusqu'à 80 % sur certains cas d'usage. L'entreprise revendique une première mondiale qui pourrait redessiner les méthodes de production de l'industrie chimique européenne.
Plaskimia veut réinventer la façon de fabriquer les molécules
Depuis des décennies, l'industrie chimique bricole plus qu'elle n'innove : elle peaufine ses procédés sans vraiment les bouleverser. Beaucoup reposent encore sur des technologies vieilles de plusieurs dizaines d'années (fours, hautes pressions, catalyseurs métalliques, solvants coûteux) dont la facture, économique comme environnementale, devient chaque année plus salée. Entre la flambée des prix de l'énergie et le durcissement des normes, optimiser l'existant ne suffit plus. Plaskimia part d'un postulat presque provocateur, en se disant que ce n'est pas la molécule qu'il faut réinventer, mais sa fabrication.
La start-up a bâti une plateforme capable de concevoir, tester et industrialiser de nouveaux procédés, grâce à une architecture modulaire et électrifiée. Sa technologie permet d'activer une réaction chimique directement dans un microréacteur, sans four ni catalyseur métallique, et à pression ambiante, ce qui réduit aussi les risques liés aux volumes réactionnels manipulés. La deeptech fondée cette année par Laurent Boitard, le professeur Michael Tatoulian et Pierre Dedieu, s'appuie sur plusieurs familles de brevets internationaux, une licence exclusive de valorisation et une équipe qui mélange chimie organique, physique des plasmas, génie des procédés, microfluidique et intelligence artificielle.
« Pendant des décennies, l'innovation en chimie s'est concentrée sur la découverte de nouvelles molécules. Nous pensons que la prochaine révolution portera sur la manière de les fabriquer », parie Laurent Boitard, le CEO de Plaskimia. Une phrase qui sonne presque comme un manifeste, à l'heure où l'Europe cherche justement à reconquérir un peu de souveraineté industrielle dans la chimie.

Une intelligence artificielle qui apprend de chaque réaction
Techniquement, la plateforme repose sur deux briques complémentaires, un peu comme un moteur à deux temps. PlasmaFlow, d'abord, associe plasma froid et flux continu : gaz et liquide circulent en permanence dans les réacteurs, où le plasma génère des espèces chimiques réactives qui déclenchent la réaction voulue, sans les conditions extrêmes de la chimie traditionnelle. De quoi limiter le recours aux catalyseurs métalliques et faciliter le passage du laboratoire aux premiers pilotes industriels. Plaskimia annonce des réactions 2 à 10 fois plus rapides que la synthèse conventionnelle.
« Le plasma est appelé le quatrième état de la matière, après le solide, le liquide et le gaz. On le trouve dans les éclairs et au cœur des étoiles », rappelle Michael Tatoulian, CSO et co-fondateur de Plaskimia. Longtemps jugée trop brutale pour un usage industriel, cette réactivité aurait même, selon certains travaux scientifiques, joué un rôle dans l'apparition des toutes premières molécules organiques sur Terre, de quoi justifier le surnom que s'est choisi la start-up, « The Green Alchemist », l'alchimiste vert.
La seconde brique, PlasmAI, est le cerveau apprenant du système. Chaque expérience alimente une base de données propriétaire, qui croise les paramètres réactionnels et résultats analytiques, ensuite exploités par des modèles d'IA pour proposer de nouvelles conditions, optimiser les réactions existantes et explorer de nouvelles voies de synthèse. Plus la plateforme tourne, plus elle s'améliore d'elle-même.
L'approche est déjà engagée dans plusieurs collaborations industrielles. Le laboratoire de recherche dont est issue Plaskimia travaille par exemple avec Sanofi depuis 2019 sur la chimie médicinale, une base sur laquelle la jeune entreprise s'appuie aujourd'hui. Elle cible la chimie fine, les arômes/parfums/cosmétique, la pharmacie et les composés fluorés, quatre grands marchés à forte valeur ajoutée, où le procédé pèse presque autant que la molécule elle-même.
En misant sur l'électricité plutôt que sur la chaleur, Plaskimia suit le mouvement d'électrification de l'industrie chimique, un des leviers de décarbonation les plus regardés du secteur. À la clé, promet l'entreprise moins de matières premières consommées, moins de déchets générés et des cycles de développement raccourcis, et donc, potentiellement, des économies bien réelles pour les industriels. Lauréate du concours i-Lab 2025 de Bpifrance, Plaskimia ambitionne désormais de devenir le partenaire technologique de référence de la chimie de demain.