L'intelligence artificielle s'impose dans la recherche pharmaceutique française. Les laboratoires Pierre Fabre et la biotech Iktos ont décidé de s'associer pour découvrir des molécules contre le cancer, grâce aux algorithmes génératifs et à la chimie robotisée.

Pierre Fabre et Iktos s'allient pour développer des médicaments contre le cancer, grâce à l'IA. © Tchicha Satapitanon / Shutterstock
Pierre Fabre et Iktos s'allient pour développer des médicaments contre le cancer, grâce à l'IA. © Tchicha Satapitanon / Shutterstock

Pierre Fabre, mastodonte français qui pèse 3,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires, annonce vendredi avoir noué une alliance avec Iktos, une jeune pousse parisienne déjà à la pointe de l'intelligence artificielle médicale. Ensemble, les deux entreprises espèrent dénicher plus vite de nouveaux traitements contre le cancer, en combinant les algorithmes génératifs et la robotique de laboratoire. Elles espèrent aussi améliorer les chances de succès clinique.

Grâce aux algorithmes, Pierre Fabre et Iktos veulent créer les médicaments contre le cancer de demain

Le temps des essais-erreurs interminables en laboratoire et des années de tests est-il bientôt terminé ? Iktos va proposer à Pierre Fabre son intelligence artificielle générative pour dessiner d'abord des milliers de structures moléculaire sur ordinateur, évaluer leurs chances de succès, puis ne garder que les meilleures, les plus prometteuses, pour les fabriquer réellement. En d'autres termes, l'IA générative teste des milliers de combinaisons moléculaires avant même qu'un chimiste ne touche une éprouvette. Le gain de temps pourrait être colossal, et les erreurs coûteuses évitées.

Pierre Fabre n'est pas un simple spectateur dans cette alliance. Le laboratoire français, qui gagne 520 millions d'euros en oncologie, apporte ses trente ans d'expertise médicale cruciale. Concrètement, l'entreprise testera sur cellules et animaux les molécules imaginées par l'IA. Elle vérifiera leur efficacité réelle, et ses biologistes écarteront les fausses pistes.

Pour Audrey Kauffmann, responsable Data Science chez Pierre Fabre, « cette collaboration marque une étape importante vers un moteur de R&D piloté par l'IA ». En clair, l'algorithme guidera désormais les programmes de recherche. Le résultat espéré, ce sont des médicaments plus ciblés, développés en quelques années au lieu d'une décennie. L'urgence médicale impose indéniablement l'accélération technologique.

Iktos, la pépite française qui séduit les géants pharmaceutiques

Depuis sa création en 2016, Iktos a su convaincre l'industrie. Elle peut capitaliser sur plus de 60 collaborations réussies avec des labos, et 15,5 millions d'euros levés auprès d'investisseurs en 2023. Dernier succès en date, l'Union européenne vient de lui accorder une subvention de 2,5 millions d'euros, avec la possibilité de débloquer 5 millions d'euros supplémentaires pour développer sa technologie.

La société ne joue pas uniquement les prestataires. Elle développe aussi ses propres candidats médicaments dans l'oncologie, l'obésité et les maladies inflammatoires. En 2024, elle a même racheté la société Synsight pour renforcer ses capacités d'imagerie cellulaire. Une double casquette qui lui garantit indépendance et crédibilité scientifique. Avec Pierre Fabre, elle espère propulser rapidement des thérapies innovantes jusqu'aux patients. Si la mayonnaise prend, cette collaboration pourrait bien inspirer toute l'industrie pharmaceutique française.

Notons que la start-up Iktos a aussi annoncé, ce même jour, un partenariat avec Servier, pour « concevoir, synthétiser et optimiser des petites molécules sur plusieurs cibles biologiques, notamment en oncologie et en neurologie ». Après l'accélération du va-et-vient scientifique, Servier prendra en charge le développement clinique des projets identifiés.