Une start-up dédiée aux personnes à mobilité réduite ouvre la vente publique de son pavé tactile actionné par la langue et lance la version bêta d’un micro cutané, deux outils pensés pour les personnes qui ne peuvent pas utiliser leurs mains ou dont la voix ne dépasse pas le chuchotement. Des adeptes de l’intelligence artificielle guettent pourtant ces annonces.

Nous l’avions découvert au CES 2024, Augmental, une société californienne, propose un programme d’accès anticipé pour MouthPad, un pavé tactile logé au palais que l’utilisateur actionne avec la langue. Plus de cent personnes vivant avec des difficultés de mobilité utilisent déjà l’appareil, certaines jusqu’à seize heures par jour.
Cette semaine, la start-up a ouvert la vente publique de MouthPad et lancé la version bêta de VOX, un micro porté comme un pendentif, comme un clavier invisible. La liste d’attente dépasse six mille trois cents inscrits, notamment des chirurgiens, des pianistes et des mécaniciens. Mais aussi des adeptes de l’intelligence artificielle, qui ont vite repéré ces appareils, loin du public visé au départ.
Augmental conçoit d’abord ses produits pour les personnes en situation de handicap moteur
Selon Tomás Vega, P.-D. G et cofondateur d’Augmental, « la technologie doit s'adapter aux humains, pas l'inverse ». Le fabricant précise toutefois que ni MouthPad ni VOX ne répondent à la définition réglementaire d’un dispositif médical. Fabriqué sur mesure par impression 3D, le pavé tactile prend place sur les dents du haut, comme un appareil dentaire fin. Avec la langue, l’utilisateur clique, glisse ou fait défiler une page. Il peut aussi activer un mode de suivi de la tête pour affiner le contrôle du curseur. Plus tôt cette année, Augmental a ajouté des raccourcis clavier déclenchés par la langue et un remappage du pavé pour les jeux vidéo ou la modélisation 3D, dans une nouvelle génération de l’appareil. La batterie tient plus de sept heures et l'utilisateur bascule d'un appareil connecté à l’autre par un seul bouton. Le pavé tactile coûte 1 226 euros, hors numérisation dentaire obligatoire facturée environ 88 euros, et Augmental livre chaque commande sous six mois.
VOX, le second appareil, pend au cou comme un pendentif de stéthoscope. Il capte la voix aussi bien dans l’air qu’à travers le corps, et limite le bruit ambiant mieux qu’un micro classique. L'utilisateur déclenche la dictée avec un bouton, ou avec un geste de la langue lorsqu’il porte aussi MouthPad. Le micro ne capte du son qu’après un geste ou un appui volontaire, jamais en arrière-plan. D’après Brian McCarthy, professeur d’écologie forestière à l’université d’Ohio et testeur de VOX, il parle plus bas et avec moins d’erreurs qu’avec le micro intégré à son ordinateur portable. Augmental expédiera la version bêta de VOX, à 175 euros, fin 2026, et reversera les recettes de ce premier lot à l’achat de MouthPad pour d’autres utilisateurs.
Des figures du « vibe coding » détournent ces appareils de leur usage
D’après Beff Jezos, ( vous avez bien lu), figure de l’accélérationnisme effectif sur X.com, « ça, plus la subvocalisation, ça fait le setup de vibe coding optimal ». Il évoque ensuite un rapprochement progressif avec des interfaces cerveau-machine non invasives, à mesure que d’autres adeptes du vibe coding adoptent ce type d’appareil. Le Wall Street Journal a récemment publié un article sur un basculement comparable dans les bureaux, où de plus en plus de salariés dictent leurs consignes à voix haute à un agent IA, au grand dam de leurs collègues. Il alimente cette dynamique et la présente comme une avance technologique plutôt qu’une gêne pour l'’entourage.
Le terme d’interfaces cerveau-machine désigne pourtant, depuis plusieurs années, une catégorie de dispositifs bien différente. Neuralink, la société fondée par Elon Musk, implante directement ses électrodes dans le cerveau de patients paralysés, qui apprennent ensuite à déplacer un curseur par la pensée. MouthPad et VOX sont des appareils externes, sans chirurgie ni contact avec le cerveau. Pourtant, Tomás Baptista, analyste et utilisateur quotidien de MouthPad, a atteint un débit de 10,47 bits par seconde lors d’un test de contrôle du curseur, une performance comparable à celle des meilleures interfaces cerveau-machine implantées, d’après les chiffres publiés par Augmental. Beff Jezos mélange donc deux technologies sous un même terme et entretient une confusion entre l’assistance existante et une fusion homme-machine encore hypothétique pour la grande majorité des usages non médicaux.
Notre confrère Gizmodo rappelle que ces dispositifs sortent de laboratoires pensés pour des personnes en fauteuil roulant ou en perte de mobilité. Les adeptes du vibe coding les adoptent ensuite, pour un usage différent de celui prévu au départ. Et même s’il reconnaît que « ce que fait Augmenal est intéressant », il conseille de « simplement laisser les appareils d'assistance à ceux qui en ont besoin ».