Dassault Systèmes a annoncé jeudi le rachat d'ArisGlobal, spécialiste de l'IA pour la conformité en Sciences de la vie, pour environ 1,8 milliard de dollars. Une opération dévoilée le jour même de résultats trimestriels solides pour le groupe français.

Dassault Systèmes officialise l'acquisition d'ArisGlobal pour renforcer son IA en Sciences de la vie. © nitpicker / Shutterstoc
Dassault Systèmes officialise l'acquisition d'ArisGlobal pour renforcer son IA en Sciences de la vie. © nitpicker / Shutterstoc

Ce jeudi, Dassault Systèmes a frappé un grand coup en officialisant le rachat d'ArisGlobal pour près de 2 milliards de dollars. L'entreprise américaine développe une intelligence artificielle qui aide les laboratoires pharmaceutiques à respecter les règles strictes imposées par les autorités de santé, comme la sécurité des patients, la qualité des données et les autorisations de mise sur le marché. En l'intégrant à son portefeuille, Dassault Systèmes veut relier, sur une seule plateforme, la recherche d'un médicament, ses essais cliniques et son suivi une fois commercialisé. Une annonce qui tombe, le hasard faisant bien les choses, le même jour que des résultats trimestriels solides, qui confirment les objectifs annuels de Dassault.

Pourquoi Dassault Systèmes met 1,8 milliard de dollars sur la table pour ArisGlobal

L'accord de rachat par Dassault Systèmes, approuvé à l'unanimité par son conseil d'administration, prévoit un paiement d'environ 1,8 milliard de dollars en numéraire à la clôture, soit 1,58 milliard d'euros. Un complément pouvant grimper jusqu'à 200 millions de dollars viendra s'ajouter si des objectifs de chiffre d'affaires liés à l'IA sont atteints dans les années à venir. La transaction, financée intégralement par la trésorerie disponible, devrait être bouclée au second semestre 2026. Selon le groupe, l'opération sera relutive sur le bénéfice net par action dès la première année suivant la clôture, une promesse que les investisseurs, on imagine, ne manqueront pas de vérifier au prochain rendez-vous trimestriel.

ArisGlobal dit accompagner plus de 200 clients, dont la moitié des cinquante plus grands groupes biopharmaceutiques mondiaux, ainsi que des sociétés de biotech, de MedTech et des autorités sanitaires. Sa plateforme traite chaque année plus de 12 millions de rapports de sécurité patient. Avec 1 300 collaborateurs, l'entreprise vise les 175 millions de dollars de chiffre d'affaires cette année, et revendique via sa technologie NavaX la capacité de déployer de l'IA à grande échelle dans des environnements de production fortement réglementés, de quoi faire gagner plus de 30% de productivité à ses clients, selon Dassault Systèmes.

Avec ce rapprochement, Dassault veut marier son savoir-faire en modélisation et simulation scientifique avec l'expertise d'ArisGlobal en sécurité et conformité réglementaire, grâce à ses plateformes NavaX et XDI. Ensemble, elles entendent créer un continuum de preuves reliant la molécule en laboratoire jusqu'aux résultats observés chez le patient, sur un marché de la conformité qui devrait tout de même peser 7,5 milliards de dollars d'ici 2030. Pour Aman Wasan, le patron d'ArisGlobal, la prochaine étape du secteur ne se jouera plus sur la qualité des logiciels pris isolément, mais sur leur capacité à dialoguer entre eux via une intelligence commune. Un discours qui fait écho à celui de Pascal Daloz, directeur général de Dassault Systèmes, pour qui cette acquisition doit justement permettre de « relier molécule, patient et résultats dans le monde réel ». Notons que le groupe possède déjà MEDIDATA, racheté quelques années plus tôt, qui pèse toujours dans ses comptes Sciences de la vie.

Marge en hausse et cash-flow record pour Dassault Systèmes

Cette opération intervient alors que Dassault Systèmes vient de publier ses résultats du deuxième trimestre, plutôt rassurants d'ailleurs. Le chiffre d'affaires total grimpe de 4% à taux de change constants, à 1,56 milliard d'euros, porté notamment par une envolée de 14% des ventes logicielles 3DEXPERIENCE et Cloud. La souscription, cœur du modèle économique du groupe, continue elle aussi de gagner du terrain.

Côté rentabilité, la marge opérationnelle non-IFRS atteint 30%, et le bénéfice net par action dilué progresse de 8% à taux de change constants, à 0,31 euro. Le flux de trésorerie opérationnelle, lui, bondit de 11% sur le premier semestre, à 1,24 milliard d'euros, une conversion de trésorerie solide qui explique en partie pourquoi Dassault Systèmes peut se permettre de payer ArisGlobal sans passer par la case emprunt.

Seul bémol, la division Sciences de la vie recule de 4% ce trimestre, MEDIDATA a marqué le pas, malgré de bonnes prises de commande. Un repli qui donne d'autant plus de sens au rachat d'ArisGlobal. Géographiquement, l'Asie tire son épingle du jeu avec une croissance de 8%, portée par l'Inde, la Corée et le Japon, tandis que l'Europe reste stable. La faiblesse persistante de l'automobile continental y a été partiellement compensée par une croissance à deux chiffres dans le nord du continent. Dassault Systèmes confirme en tout cas ses objectifs annuels, avec une marge opérationnelle visée entre 32,2% et 32,6% pour 2026.

Le groupe n'a pas mis toutes ses annonces dans le même panier ce jeudi. Il a aussi dévoilé de nouvelles compétences pour sa plateforme agentique 3DEXPERIENCE, censées permettre aux « Compagnons Virtuels » de co-concevoir directement avec les utilisateurs, ainsi que le lancement de Medidata Plus, une brique pensée pour faire grandir les portefeuilles d'essais cliniques à grande échelle. Une salve d'annonces qui dessine un même fil rouge, à savoir faire de l'intelligence artificielle le nouveau langage commun de l'industrie.