Sur l'ISS, l'astronaute Sophie Adenot, qui s'amuse toujours autant, a testé Food Processor, le robot cuisinier du CNES. Une expérience gourmande qui prépare surtout l'alimentation des futures missions d'exploration lointaine.

En juin, puis à nouveau le 10 juillet, entre deux manips scientifiques, la spationaute française Sophie Adenot a enfilé la toque pour concocter son « duo méditerranéen », sous l'œil attentif de Cadmos, l'entité toulousaine du CNES (Centre national d'études spatiales) dédiée à la micropesanteur. Cette sorte de parenthèse culinaire était un vrai défi technique, puisqu'il était question de démontrer qu'on peut cuisiner en apesanteur, à partir d'ingrédients potentiellement cultivables à bord. De quoi nourrir, littéralement, les futurs équipages lors des vols d'exploration de longue durée.

Comment Sophie Adenot a cuisiné en apesanteur avec le Food Processor

Avant de cuisiner, encore fallait-il retrouver de quoi cuisiner. Sophie Adenot a du mal à remettre la main sur le bol du Food Processor, l'accessoire où sont mélangés les ingrédients, égaré quelque part dans les recoins de la Station spatiale internationale. Une mésaventure assez cocasse en apesanteur, où le moindre objet mal arrimé peut filer se nicher n'importe où. Après plusieurs minutes de recherche, l'astronaute a fini par le retrouver, preuve qu'en orbite aussi, le rangement reste un art délicat. Sourire aux lèvres, elle a enfin pu se lancer dans sa recette.

Direction la Méditerranée, mais en orbite à plus 400 km au-dessus de la Terre. Le menu de Sophie Adenot associait trois préparations à base de légumes, avec caviar d'aubergine, sauce aux herbes et houmous aux pois chiches. Seule entorse à la recette classique : le tahin, cette pâte de sésame habituelle du houmous, qui a dû céder sa place à de la pâte de cacahuète. Pour la mettre au point, le CNES s'est associé à Andros, l'entreprise agroalimentaire française connue pour ses confitures et son emblématique jingle (ça, c'est fort de fruit), qui a fourni son laboratoire et ses cuisiniers. Résultat, selon Sophie elle-même : ça sentait très bon !

Gros plan sur le Food Processor. © ESA
Gros plan sur le Food Processor. © ESA

La dégustation a confirmé le succès de l'expérience culinaire. Un bon repas, on le sait, ça remonte le moral des troupes, même en orbite, loin de la table familiale. Mais Food Processor n'est pas un simple plaisir gustatif dédié à amuser la galerie. Derrière cette recette, il y a une vraie démonstration technique, celle de la capacité à cuisiner correctement dans l'espace, avec des objectifs qui dépassent largement l'ISS et regardent déjà vers les prochaines missions d'exploration.

Food Processor, bien plus qu'un simple robot culinaire

Son nom fait évidemment penser à un simple robot ménager, mais Food Processor est en réalité un prototype d'appareil culinaire conçu pour l'ISS, pensé pour aller bien au-delà d'une simple expérience gustative. L'objectif est de prouver qu'on peut préparer, en micropesanteur, des repas sains et équilibrés à partir d'ingrédients produits sur Terre ou directement à bord, tout en suivant précisément ce qui reste en stock pour éviter tout gaspillage ou pénurie. Une brique technique importante avant de pouvoir envisager des missions toujours plus longues, où le ravitaillement serait impossible.

Sophie Adenot n'est pas la première à avoir utilisé l'appareil. En 2023, le Danois Andreas Mogensen l'avait déjà utilisé pour régaler tout l'équipage d'une mousse au chocolat, une première qui a permis de vérifier que le foisonnement, soit la capacité à faire gonfler une pâte en la fouettant, comme pour une chantilly, fonctionne aussi bien en apesanteur que sur Terre. Notre Française, elle, a fait un choix différent, avec une recette entièrement végétale, plus proche de ce que les astronautes pourraient un jour cultiver eux-mêmes à bord.

Sophie Adenot avec le Food Processor. © ESA
Sophie Adenot avec le Food Processor. © ESA

Roxane Coiffet, de l'institut MEDES, qui suit cette expérience aux côtés du CNES, explique que l'enjeu est de miser sur des ingrédients capables de pousser un jour à bord d'un vaisseau ou d'une base, d'où le choix d'une recette entièrement végétale. Forcément satisfait de ce succès, le Centre nationale d'études spatiales indique qu'un nouveau projet a déjà été lancé pour développer, cette fois, un véritable prototype de cuisine spatiale complète, porté par un consortium de huit partenaires français, composé d'Andros, groupe Jean Hénaff, MEDES, COMAT, Inneolab, Triballat Noyal, Compositic et Innovons à 360.