Quatre boîtiers, c'est tout ce qu'il a fallu à Sophie Adenot pour lancer, depuis l'ISS, une expérience française qui pourrait changer notre façon de lutter contre les microbes dans les espaces confinés.

Sophie Adenot met en place l'expérience MatISS-4 à bord de l'ISS. © ESA/NASA
Sophie Adenot met en place l'expérience MatISS-4 à bord de l'ISS. © ESA/NASA

Le 17 avril, l'astronaute française de l'ESA, Sophie Adenot, a démarré l'expérience MatISS-4 dans le module européen Columbus, à bord de la Station spatiale internationale. Troisième expérience tricolore à son actif depuis qu'elle a rejoint l'ISS, la station spatiale internationale, pour la mission Epsilon, ce dispositif vise à comprendre comment certains matériaux pourraient bloquer le développement de micro-organismes. Pas de feu d'artifice ni de bras robotique spectaculaire ici, juste de la science, que l'on peut considérer comme méthodique et plutôt prometteuse.

Les détails du dispositif antimicrobien installé par Sophie Adenot sur l'ISS

L'expérience en question, MatISS-4, a été développée par le Cadmos, le laboratoire du CNES dédié à la recherche en apesanteur. L'histoire a démarré avec Thomas Pesquet, lors de la mission Proxima, durant laquelle l'astronaute français avait installé MatISS-1, qui a permis aux chercheurs de récupérer leurs premières données de référence. Depuis, chaque nouvelle itération affine un peu plus la compréhension du phénomène.

Les quatre boîtiers, qui sont à peu près de la taille d'un smartphone, renferment des lamelles de verre protégées par un capot en polymère incassable. Au démarrage de l'expérience, Sophie Adenot a ouvert un petit clapet sur chacun d'eux. Des fenêtres s'écartent alors, laissant entrer l'air ambiant de la station et avec lui, tous ses aérosols et micro-organismes en suspension. Après plusieurs mois d'exposition, ces fenêtres seront refermées et les boîtiers rendus totalement hermétiques, de quoi garantir que tout ce qui a été capturé provient bien, sans le moindre doute, de l'intérieur de l'ISS.

Une fois les fenêtres ouvertes, plus personne n'intervient. Le dispositif MatISS-4, passif, travaille seul, en silence. À l'intérieur des boîtiers, les lamelles de verre sont recouvertes de matériaux spécialement choisis pour leur capacité à tenir les microbes à distance, en les repoussant, en bloquant leur multiplication, ou en les empêchant de former un biofilm, cette sorte de pellicule protectrice que certains micro-organismes sécrètent pour mieux s'accrocher aux surfaces et résister.

Les fameux boîtiers MatISS-4, toujours à bord de l'ISS. © ESA/NASA
Les fameux boîtiers MatISS-4, toujours à bord de l'ISS. © ESA/NASA

Comment les résultats de MatISS-4 seront analysés depuis la Terre

Le CNES (Centre nationale d'études spatiales) nous explique que les quatre boîtiers ne reviendront pas sur Terre en même temps. Deux seront rapatriés après 8 mois passés dans la station, les deux autres après 16 mois. Ce décalage est voulu, puisqu'en comparant des échantillons exposés sur des durées différentes, les chercheurs pourront observer comment la contamination évolue avec le temps, et surtout vérifier si les matériaux testés conservent leur efficacité sur le long terme.

De retour sur Terre, les boîtiers seront d'abord examinés au microscope optique pour une première lecture des dépôts biologiques. Puis les capsules internes,appelées micro-MatISS, prendront la route de Grenoble, où le synchrotron européen prendra le relais. Cet équipement, qui est l'un des plus puissants d'Europe, fonctionne comme un microscope à l'échelle atomique, c'est-à-dire qu'il analyse la matière avec une précision telle qu'il peut révéler exactement ce qui s'est déposé sur les membranes de silicium, et dans quelle composition.

Les résultats de MatISS-4 intéressent n'intéressent pas que le monde spatial. Mieux comprendre comment des micro-organismes se développent sur des surfaces dans un espace clos, c'est aussi ouvrir des pistes pour des environnements très terrestres. On pense notamment aux hôpitaux, où la contamination de surface est un enjeu sanitaire majeur, mais aussi aux sous-marins, ou encore aux transports en commun. En ce sens, l'ISS fait office de laboratoire grandeur nature, et la mission Epsilon, au fond, travaille autant pour l'espace que pour nous.