Le CNES et MEDES viennent de lancer BRAHMS, une étude menée à la Clinique spatiale de Toulouse, où dix volontaires affrontent l'apesanteur simulée et restriction calorique sévère, pour préparer les futures missions spatiales habitées de longue durée.

À Toulouse, dix volontaires se prêtent à une expérience inédite en apesanteur (ou impesanteur) menée par MEDES, un institut de référence et médecine et physiologie spatiales, pour le CNES, le Centre nationale d'études spatiales. Sur les vingt jours que dure la campagne, dix seront synonymes d'alitement strict, tête légèrement inclinée vers le bas, et d'une alimentation limitée à environ 250 kcal par jour.
Derrière BRAHMS, comprenez Bed Rest And HypoMetabolism Study, soit littéralement une étude de l'alitement et de l'hypométabolisme. Ce double protocole qui se veut inédit vise à reproduire les contraintes que subiront les astronautes lors de longs voyages sans ravitaillement, tandis que douze études cliniques seront menées en parallèle pour décrypter les capacités d'adaptation du corps humain.
Un régime à 250 kcal par jour pour tester les limites du corps
Le principe est bien étudié chez les chercheurs en physiologie spatiale, et il consiste à allonger les volontaires avec une légère inclinaison tête vers le bas, une position simple en apparence, mais très efficace. Pourquoi ? Car elle reproduit assez fidèlement plusieurs effets de la microgravité, comme la redistribution des fluides corporels, la fonte musculaire et osseuse, ou encore des modifications cardiovasculaires et cognitives. Autre technique parfois retenue selon les objectifs scientifiques : l'immersion sèche, où les volontaires flottent dans une baignoire sur une bâche imperméable, sans jamais toucher l'eau directement.
Mais l'expérience BRAHMS pousse l'exercice plus loin encore en ajoutant une variable nouvelle, pensée pour coller aux futures expéditions lointaines. Contrairement aux équipages de la Station spatiale internationale (ISS), ravitaillés à intervalles réguliers, les astronautes en route vers des destinations éloignées devront cultiver une partie de leur nourriture et rationner leur consommation énergétique. L'étude cherche donc à anticiper les effets d'une restriction calorique sévère combinée à l'impesanteur.
Concrètement, les volontaires recevront environ 250 kilocalories par jour pendant dix jours d'alitement strict, un régime drastique qui ferait fuir en courant toute personne qui soulève de la fonte à salle. Sauf qu'ici, on pourra mesurer précisément comment l'organisme réagit lorsque le manque d'énergie est conjugué à l'absence de gravité.

Douze études cliniques menées en une seule expérience
Sur près de 7 500 candidatures, seuls dix hommes de 20 à 40 ans ont été retenus pour cette expérience hors norme. Leur parcours se déroule en trois temps d'ailleurs, avec cinq jours d'examens pour établir un état de référence, dix jours d'alitement strict et de régime draconien (le cœur du protocole), puis cinq jours de récupération sous surveillance médicale, pour permettre au corps de retrouver progressivement son fonctionnement normal.
Cette expérience est évidemment particulièrement, dans le sens où en un seul protocole, que le CNES qualifie lui-même d'unique en son genre, les chercheurs mènent l'équivalent de douze études cliniques en même temps, sur les mêmes volontaires. Tout est observé à la loupe ici, par exemple comment le corps brûle son énergie (métabolisme), comment le cœur et les vaisseaux s'adaptent, mais aussi la mémoire, le stress, les défenses immunitaires, les bactéries intestinales (microbiote), ou encore le lien parfois méconnu entre le cerveau et le système digestif.
Portée par le CNES et menée par MEDES à la Clinique spatiale de Toulouse, BRAHMS ne s'arrêtera pas à ces vingt jours pour les volontaires. Un suivi médical est prévu trois mois après l'étude. De quoi mesurer la récupération réelle et affiner la protection des futurs équipages lointains.