Hors Union européenne, le prix de la data mobile, le roaming, échappe à tout plafond réglementaire. Une étude révèle les écarts entre les opérateurs, dont certains facturent le gigaoctet à un prix vertigineux pour une même destination.

Hors UE, les écarts peuvent être colossaux pour votre data. © GaudiLab / Shutterstock
Hors UE, les écarts peuvent être colossaux pour votre data. © GaudiLab / Shutterstock

Le roaming, l'itinérance qui permet de rester connecté à l'étranger avec son forfait français, échappe à toute règle de prix dès que l'on quitte l'Union européenne. Un même gigaoctet, consommé dans le même pays et la même semaine de vacances, peut coûter 2 euros ou grimper à plus de 13 000 euros. selon l'opérateur choisi avant le départ. C'est ce grand écart, jusque-là peu documenté, que met en chiffres une étude publiée début juillet par eSIM Voyage, spécialiste du secteur, grilles tarifaires publiques à l'appui.

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Hors UE, la data mobile échappe à toute régulation et les prix s'envolent

Depuis le 1er janvier 2026, l'Union européenne a mis fin aux mauvaises surprises de roaming entre ses pays membres. Lorsqu'un opérateur français facture de la data consommée dans un autre pays de l'UE, le supplément qu'il peut ajouter au prix normal du forfait est plafonné à 1,10 euro par gigaoctet. En France, c'est l'ARCEP, le régulateur des télécoms, qui veille au respect de cette règle. Un plafond simple et rassurant, pensé pour circuler librement en Europe, mais qui s'arrête net dès que l'on sort de l'Union.

Une fois la frontière de l'UE franchie, tout change, car sans forfait ni option adaptée, l'utilisateur bascule automatiquement sur un tarif dit « au compteur », c'est-à-dire facturé à la consommation réelle, sans aucun forfait ni plafond pour l'encadrer. Et les grilles tarifaires publiques d'Orange, SFR et Bouygues Telecom sont impressionnantes : entre 9 000 et 13 000 euros le gigaoctet. Un chiffre presque irréel, tant il dépasse l'entendement, et pour cause, ce tarif catalogue n'est quasiment jamais facturé jusqu'au bout, comme on va le voir juste après.

Car oui, un mécanisme de sécurité intervient avant : conformément à une obligation européenne, les opérateurs doivent couper automatiquement la connexion data dès que la consommation atteint 60 euros hors Union européenne, sauf si l'utilisateur choisit explicitement de continuer, ce qu'on ne peut que déconseiller. À un tarif aussi élevé, ce plafond de 60 euros est atteint en à peine 5 mégaoctets (une à deux photos de bonne qualité, en gros), ou l'équivalent de quelques secondes de navigation seulement. Ce chiffre est en partie justifié par le fait que hors UE, aucune loi n'encadre plus le prix de la donnée mobile.

L'étude tombe à point nommé puisqu'en juin, comme le rappelle le blog eSIM Voyage, le baromètre Ariase pointait déjà une hausse de 47 % du prix moyen des forfaits mobiles en un an, dans le sillage de la recomposition du marché avec le rachat à venir de SFR. Les forfaits nationaux flambaient ; restait à savoir ce qu'il en était une fois la frontière franchie.

© Shutterstock / Alexandre Boero / Clubic

Le même gigaoctet, jusqu'à 7 000 fois plus cher selon l'opérateur

Le vrai coup de projecteur de l'étude ne porte pas tant sur les destinations que sur les opérateurs eux-mêmes : ce n'est pas le pays visité qui détermine le prix payé, mais bien la carte SIM utilisée. La preuve avec le Maroc, exemple choisi par les auteurs de l'étude. Pour un gigaoctet strictement identique, consommé au même endroit, il faut compter environ 1,81 euros par Go chez Free, contre environ 10 000 euros/Go chez Bouygues, et jusqu'à 13 000 euros/Go chez SFR et Orange. Un écart qui grimpe jusqu'à 7 000 fois d'un opérateur français à l'autre, pour un service pourtant strictement identique.

Heureusement, des alternatives bien plus raisonnables existent pour éviter ce piège. Toujours au Maroc, il faut compter environ 9,90 euros pour une semaine de connexion avec 5 Go de data via une eSIM prépayée, donc une carte SIM virtuelle, achetée en ligne et installée directement dans le téléphone sans passer par une boutique. Autre option, le pass voyage proposé par son propre opérateur, une formule à activer avant le départ qui inclut un volume de données défini pour un prix fixe, ici entre 30 et 35 euros.

Ce même schéma, eSIM et pass voyage nettement moins chers que le tarif au compteur, se retrouve sur les autres grandes destinations étudiées. En Tunisie, en Turquie, en Thaïlande, aux États-Unis ou au Canada, les pass voyage proposés par les opérateurs oscillent tous, sauf certaines exceptions, entre 30 et 35 euros pour une semaine de data. Pour l'Afrique, en revanche, la note grimpe légèrement pour les eSIM, de 10,90 euros en Égypte, jusqu'à 19,90 euros au Sénégal. Un signe que même les solutions les plus économiques varient d'une destination à l'autre, sans jamais s'approcher des tarifs pratiqués au compteur.

Le Royaume-Uni et la Suisse, les destinations qui échappent à la règle

Depuis fin mars 2026, Free a changé la donne avec Free Max, un forfait qui intègre directement la data en itinérance dans son prix, sans surcoût ni option à activer, sur plus de 135 destinations à travers le monde. Comptez 29,99 euros par mois pour en profiter, ou seulement 19,99 euros pour les abonnés à une offre Freebox. Un forfait qui, à lui seul, permet d'oublier la question du hors-forfait sur la grande majorité des pays visités cet été par les vacanciers français. Bouygues Telecom a, fin avril, suivi le mouvement avec un forfait Mega BiG avec 150 destinations couvertes pour 15,99 euros/mois pour les moins de 26 ans, 34,99 euros/mois pendant 12 mois pour les autres, et 29,99 euros/mois pour les clients Bbox.

Nicolas Thomas, le directeur général de Free, lors de la présentation du forfait Free Max. © Nicolas Guyot

Deux destinations, le Royaume-Uni et la Suisse, font par ailleurs figure d'exceptions bienvenues. Bien que situées hors UE, elles restent le plus souvent incluses dans les forfaits français, les opérateurs y ayant volontairement maintenu une itinérance proche des standards européens.

Pour tous les autres cas de figure, chaque abonné doit rester sur ses gardes. La vraie leçon de cette étude n'est pas que voyager hors UE coûte cher, mais que voyager sans option adaptée nous expose à une facture élevée. Activer un pass, une eSIM ou vérifier son forfait avant le départ est un bon compromis pour profiter de ses vacances ou de son déplacement professionnel tranquillement.

On note, car c'est à signaler, que cette étude émane d'un acteur qui commercialise lui-même des eSIM de voyage, ce qu'il assume dans sa méthodologie. Les tarifs opérateurs, eux, proviennent de grilles publiques vérifiables, et l'Observatoire eSIM Voyage, qui suit chaque semaine depuis le 24 mai 2026 les prix de 11 revendeurs internationaux sur 187 pays, publie l'intégralité de ses données en licence ouverte CC-BY 4.0.