Free, Orange et Bouygues Telecom ont signé cette nuit un protocole d'accord avec Altice pour racheter SFR à hauteur de 20,35 milliards d'euros. On se dirige lentement mais sûrement vers la plus grande opération de l'histoire des télécoms français.

Le rachat de SFR vient de connaître son plus gros coup d'accélérateur, ce week-end, depuis la première offre déposée en octobre dernier. © Alexandre Boero / Clubic
Le rachat de SFR vient de connaître son plus gros coup d'accélérateur, ce week-end, depuis la première offre déposée en octobre dernier. © Alexandre Boero / Clubic

Le rachat de SFR est sur le point d'être bouclé. Il aura fallu huit mois d'intenses discussions, deux offres mirobolantes et un sprint final de 48 heures pour en arriver là. Samedi 6 juin 2026, quelques minutes avant la bascule dominicale, Orange, Free et Bouygues Telecom ont annoncé avoir signé un protocole d'accord avec Altice France pour l'acquisition de SFR. Bouygues deviendrait le numéro 2 du marché des télécoms en France, Free atteindrait les 31 millions d'abonnés, tandis qu'Orange récupèrerait 4,9 millions de clients. Voici tous les détails de l'opération.

Rachat de SFR : après 8 mois de discussions, Orange, Free et Bouygues se partageront bien les parts de l'opérateur au carré rouge

Avant la première offre connue en octobre pour racheter SFR, les échanges ont évidemment démarré loin des médias. Pour éviter toute fuite avant une annonce officielle, les patrons des quatre opérateurs se retrouvaient clandestinement dans les sous-sols d'un cabinet d'avocats boulevard Haussmann ou dans un discret appartement parisien du très chic huitième arrondissement. Pour brouiller les pistes, chacun a son nom de code pour désigner l'opération, « Montblanc » pour Bouygues, « Voltaire » pour Orange, « Mosaïque » pour Free, « Rainbow » pour Altice.

Le 14 octobre 2025, le trio sort de l'ombre avec une offre de 17 milliards d'euros, rejetée dans la foulée par le milliardaire Patrick Drahi, qui juge le prix insuffisant. Début 2026, les négociations ont repris, une due diligence express fut lancée, avec près de 200 experts qui ont étudié à la loupe les comptes de SFR, en cinq semaines à peine.

Le 17 avril 2026, une deuxième offre à 20,35 milliards d'euros était déposée. Et cette fois, Altice France l'a acceptée. L'entreprise a décidé d'accorder une première exclusivité au trio Orange-Free-Bouygues jusqu'au 15 mai. Après une prolongation et un ultime délai de 48 heures accordé ce vendredi soir, les choses ont bougé, et pas qu'un. Ce samedi 6 juin 2026, presque à minuit, le protocole d'accord est devenu officiel. Alors que va-t-il se passer maintenant ?

© Alexandre Boero / Clubic
© Alexandre Boero / Clubic

SFR découpé en trois, ce que Bouygues, Free et Orange vont chacun récupérer

Bouygues Telecom est donc bien le premier contributeur pour ce qui est du rachat, avec 42 % du prix de cette opération, soit 8,5 milliards d'euros. En contrepartie, l'opérateur récupèrerait l'intégralité de SFR Business, qui pèse 6,4 millions de clients grand public, avec dans le lot l'opérateur virtuel (MVNO) Prixtel et le réseau mobile rural (accord Crozon). « Bouygues Telecom franchit une étape historique dans son développement », savoure à juste titre son directeur général Benoît Torloting.

Free et sa maison-mère, le groupe Iliad, vont débourser 6,2 milliards d'euros, ou 31 % du prix. L'opérateur de Xavier Niel récupèrerait toute la base RED by SFR (6 millions de clients), mais aussi 1,6 million d'abonnés SFR grand public et 0,4 million de clients TPE, donc 8 millions au total, pour atteindre la barre des 31 millions en France. Au rang des réactions, Thomas Reynaud, le patron d'Iliad, a évoqué que « la souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se finance. »

Et quid d'Orange, leader incontesté du marché des télécoms jusqu'à maintenant ? L'opérateur historique est le troisième acquéreur, avec 27 % du montant total (environ 5,5 milliards d'euros). Il devrait récupérer 4,9 millions de clients grand public, ainsi que les MVNOs Réglo, Syma et Coriolis, qui appartiennent tous à SFR. Les fréquences mobiles de l'opérateur au carré rouge seront également partagées entre les trois opérateurs, selon une répartition définie dans les termes du protocole d'accord. Notons qu'Orange, qui compte déjà 34 millions d'abonnés en France, restera le numéro un.

Un très long processus, qui pourrait prendre plus de deux ans encore

Sur le plan social, le consortium prend des engagements forts. Un emploi est garanti à l'ensemble des salariés SFR du périmètre repris jusqu'à début 2029, via leur poste actuel ou une proposition d'emploi. Un dialogue social s'ouvrira dans les meilleurs délais avec les syndicats de SFR, qui redoutaient des suppressions de postes massives. Cela ne calmera sans doute pas leur grogne, mais c'est un début.

Ce protocole d'accord n'est en tout cas pas une signature définitive. Les opérateurs ont mis un pied sur la case rachat, reste à mettre le second. La documentation juridique finale n'est attendue qu'au second semestre 2026, et la clôture réelle de l'opération, soumise rappelons-le aux autorisations des autorités de concurrence compétentes, ne devrait pas intervenir avant le second semestre 2027, ce qu'en coulisses, chacun des opérateurs nous indiquait déjà depuis plusieurs semaines. La procédure, très longue, impliquera plusieurs mois d'instruction réglementaire.

Pendant la transition, d'au moins trente mois, l'entité SFR SA sera détenue à parts égales par les trois opérateurs pour assurer la continuité et la migration des abonnés. Au bout du chemin, si tout se concrétise, la France comptera bien avant la fin de la décennie à nouveau trois opérateurs télécom nationaux, du jamais vu depuis 2012 et l'arrivée de Free Mobile sur le marché.