L'ARCEP a mené un audit approfondi des systèmes d'information d'Orange pour vérifier l'accès non discriminatoire à ses infrastructures de génie civil. L'opérateur historique est plutôt bon élève, avec une anomalie déjà corrigée sur la commande de poteaux fibre.

Après un an d'enquête chez Orange, l'ARCEP dévoile son bilan sur la fibre. © Alexandre Boero / Clubic
Après un an d'enquête chez Orange, l'ARCEP dévoile son bilan sur la fibre. © Alexandre Boero / Clubic

L'ARCEP, le régulateur des télécoms, a publié mardi son bilan de l'audit mené pendant un an sur les systèmes d'information d'Orange Wholesale France, l'entité qui gère l'accès au génie civil de l'opérateur historique, ces fourreaux souterrains et poteaux indispensables au déploiement de la fibre optique. Tout l'enjeu était de vérifier qu'Orange n'utilise pas ces infrastructures plus facilement que ses concurrents. Le verdict de l'autorité est plutôt rassurant pour l'opérateur, même si vous allez voir que tout n'est pas parfait.

Magic V6
Magic V6

Sponsorisé

Le pliable parfait existe-t-il enfin ?

Finesse, robustesse, autonomie, écran de haut niveau, pliure discrète, normes d’étanchéité IP68/IP69. Honor signe avec le Magic V6 le smartphone pliable parfait

Sponsorisé

L'ARCEP a audité les outils d'Orange pendant un an

Depuis 2008, Orange a l'obligation légale d'ouvrir ses infrastructures de génie civil, qui accueillent les câbles de fibre, à l'ensemble des opérateurs concurrents. Le « génie civil » désigne les fourreaux enterrés et les poteaux qui portent les câbles de fibre jusque chez vous, l'ossature physique de tout déploiement fibre. Cette contrainte d'ouverture est logique, puisqu'avec 560 000 kilomètres d'infrastructures souterraines et 13 millions d'appuis aériens sur tout le territoire, ce réseau est tout simplement impossible à dupliquer. Il serait absurde que chaque opérateur creuse son propre réseau parallèle, d'autant que ce génie civil pèse à lui seul jusqu'à 70% du coût total de déploiement de la fibre.

L'ARCEP a donc voulu vérifier. Entre octobre 2024 et octobre 2025, ses équipes ont épluché les systèmes d'information d'Orange Wholesale France, l'entité qui gère cette offre baptisée « iBLO ». Son objectif était de s'assurer qu'Orange ne se réserve pas, en coulisses, des raccourcis dont les concurrents ne bénéficieraient pas. Ce principe d'équivalence est aujourd'hui inscrit dans la décision n°2023-2801 du régulateur, qui impose à Orange les mêmes outils et les mêmes procédures pour tous, un rappel utile quand on sait qu'Orange a déjà été épinglé pour avoir peiné à tenir certains de ses engagements de déploiement par le passé.

L'audit a suivi le parcours complet d'un opérateur qui veut déployer de la fibre. Il y a d'abord eu l'obtention des plans du réseau souterrain et aérien avant travaux, puis la commande d'accès aux fourreaux et poteaux pour y installer ses câbles, et enfin le service après-vente en cas de panne ou de dégât constaté après coup. Pour vérifier que rien n'est truqué, les équipes de l'ARCEP ne se sont pas contentées de lire des rapports : elles ont exigé qu'Orange leur montre, en direct dans ses bureaux, comment ses outils informatiques traitent réellement chaque demande.

Comment Orange a résolu son problème d'accès privilégié

Sur la majorité des points contrôlés, il n'y a pas de débat. Que la demande vienne des équipes fibre d'Orange elles-mêmes, d'Orange Concessions (une coentreprise qui déploie aussi de la fibre dans certaines zones) ou d'un concurrent comme Free, SFR ou Bouygues Telecom, tout le monde remplit les mêmes formulaires, patiente les mêmes délais et passe par les mêmes outils informatiques. Les commandes sont traitées dans l'ordre d'arrivée, comme un unique guichet où personne, pas même Orange, ne peut resquiller.

Mais l'audit a tout de même déniché un os. Sur les chantiers les plus lourds, ceux par exemple où un opérateur doit remplacer des poteaux vétustes ou trop fragiles avant d'y accrocher ses câbles, celui-ci peut choisir de faire réaliser ces travaux par ses propres équipes plutôt que d'attendre qu'Orange s'en charge. Pour commander ces poteaux, il faut passer par un outil interne baptisé « SCALER ». Le problème, c'est que les sous-traitants d'Orange y avaient un accès direct, en quelques clics, quand les concurrents et Orange Concessions devaient, eux, passer par un intermédiaire humain pour la même démarche, donc une étape de plus, potentiellement synonyme de délais rallongés.

Des câbles de fibre optique, chez Orange, ici en Corse. © Alexandre Boero / Clubic

Orange n'a pas traîné pour rectifier le tir, puisque l'opérateur s'est officiellement engagé par courrier auprès de l'ARCEP, dès le 6 mars 2026, à se remettre dans le droit chemin. Depuis janvier 2026, l'accès direct des sous-traitants a été supprimé, et toutes les commandes de poteaux transitent désormais par les mêmes équipes, selon les mêmes règles, peu importe qui les passe. Un cas d'école de correction rapide, salué comme tel dans le rapport final.

Vers une transparence totale du SAV fibre d'ici fin 2026

Tout n'est pas parfaitement limpide pour autant. Une fois les travaux terminés, chaque opérateur doit envoyer à Orange un dossier de fin de travaux, une sorte de compte-rendu qui prouve que tout a été fait dans les règles avant validation définitive. Or, sur les commandes les plus volumineuses, celles qui portent sur plusieurs dizaines de chambres ou de poteaux d'un coup, l'ARCEP constate que les dossiers d'Orange sont rejetés moins souvent, et renvoyés moins fréquemment devant une équipe spécialisée en cas de doute, sur l'étape dite d'« arbitrage », que ceux de ses concurrents. Rien qui prouve, à ce stade, une discrimination, mais l'écart est suffisamment marqué pour justifier une enquête plus poussée.

L'autre zone d'ombre en voie de dissipation, c'est l'outil de service après-vente « eSAV », censé centraliser les signalements de tous les opérateurs. Orange et Orange Concessions (coentreprise détenue à 50% par le groupe) ne l'utilisaient pas encore pleinement au moment de l'audit, préférant transiter par « Dommages Réseaux », un canal parallèle aussi ouvert aux collectivités et aux particuliers. Depuis février 2026, la bascule vers eSAV est amorcée côté aérien, le souterrain devant suivre cette année.

Pour éclaircir ces écarts, Orange doit fournir à l'ARCEP des données plus détaillées, capables d'expliquer si ces différences tiennent à la complexité des dossiers ou à un vrai favoritisme, une livraison prévue en deux temps, en théorie autour de mi-2026 (il est encore tôt pour savoir si cela a été fait), puis fin 2026. Un premier geste de transparence est toutefois déjà en place, puisque chaque signalement de pannes ou de dégâts sur le réseau, avec son niveau d'urgence, est désormais communiqué au régulateur tous les trimestres. En clair, le bulletin d'Orange est encourageant, mais comptez sur l'ARCEP pour ne pas lâcher le dossier avant d'avoir vu ces bonnes intentions se traduire dans la durée.