Le 5 juillet, Atlas a remis le ballon au MetLife Stadium à la mi-temps de Brésil-Norvège, pendant que Spot assurait la sécurité périmétrique des stades. Ce n'était pas un coup de comm' isolé : Hyundai prépare quelque chose de plus grand.

Depuis vingt-sept ans, Hyundai amène ses voitures au Mondial de football. Des berlines pour les équipes nationales, des bus pour les staffs, des campagnes publicitaires en bonne et due forme avec les visages du ballon rond sur l'affiche. Cette année, pour la Coupe du Monde 2026 organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, le constructeur coréen a légèrement changé de programme : il a envoyé des robots.
Atlas remet le ballon, Spot fait le vigile
À la mi-temps du huitième de finale opposant le Brésil à la Norvège au MetLife Stadium d'East Rutherford (New Jersey), le 5 juillet, Atlas a fait son entrée sur le terrain. Le robot humanoïde de Boston Dynamics, filiale d'Hyundai, a exécuté une pirouette ballon en main, esquissé une révérence, puis remis le cuir à l'arbitre avant le coup d'envoi de la seconde mi-temps. Un numéro rodé dans la série de vidéos « School of Football » d'Hyundai, où Atlas avait appris entre autres le « Ghost Rabona », une variante du coup du foulard (cette frappe où la jambe de frappe passe derrière la jambe d'appui, pour les non-initiés). Selon Hyundai, c'était une première mondiale : aucun robot humanoïde n'avait encore été intégré à un match de Coupe du Monde en direct.
Alberto Rodriguez, directeur du comportement robotique chez Boston Dynamics, a détaillé les techniques derrière la performance. Le robot commence par analyser des données de mouvements humains réels, qu'il traduit dans un environnement de simulation physique pour les répéter des milliers de fois. Un système dit de « contrôle de corps entier » prend ensuite le relais, coordonnant l'ensemble des membres simultanément pour garantir fluidité et équilibre. C'est un peu le même principe que la préparation d'un footballeur professionnel, à ceci près que le joueur ne tombe pas à court de batterie au milieu d'un exercice (ce qui était, rappelons-le, l'un des problèmes de Spot lors des exercices de l'armée française à Saint-Cyr en mars 2021, le quadrupède s'étant retrouvé à court d'énergie en plein assaut).
En dehors du terrain, Hyundai et Boston Dynamics ont également déployé des robots Spot dans les stades de Dallas et du New York/New Jersey pour des missions de sécurité périmétrique. Spot, doté de ses derniers modules de détection visuelle par IA, patrouillait les abords, loin de ses cabriolages sur du BTS lors du Mondial de Qatar 2022 (une campagne publicitaire Hyundai qui avait eu son petit effet à l'époque).
Derrière la mi-temps, un plan industriel à 30 000 robots par an
Depuis son rachat par Hyundai en 2021, Boston Dynamics n'organise plus ses démonstrations pour le seul plaisir des clips YouTube. Chaque apparition publique d'Atlas obéit à la même logique : convaincre investisseurs, clients industriels et grand public que les robots humanoïdes ont quitté le laboratoire pour le monde réel. Le Mondial, avec son audience planétaire (la FIFA attend deux milliards de téléspectateurs pour la seule finale), était simplement le terrain de démonstration le plus visible disponible.
La feuille de route d'Hyundai éclaire l'ambition derrière le spectacle. Le groupe vise le déploiement d'Atlas dans ses usines automobiles dès 2028, à commencer par la Metaplant de Savannah (Géorgie), pour des tâches de séquençage de pièces puis d'assemblage. L'objectif affiché : 30 000 unités produites annuellement. Ce qu'Atlas apprend à faire dans un stade de foot sous les projecteurs, qu'il s'agisse de tenir un objet, de naviguer dans un espace imprévisible ou de gérer des imprévus, il devra le reproduire sur une ligne d'assemblage dans vingt-quatre mois.
Dans ce secteur, les autres acteurs du marché n'ont rien manqué de la performance du 5 juillet. Tesla présente régulièrement des vidéos de son Optimus en action dans ses usines, Figure AI et Agility Robotics avancent leurs pions sur la logistique d'entrepôt. Mais aucun concurrent ne pouvait se targuer, avant ce match, d'avoir mis son robot devant un MetLife à guichets fermés (82 500 places). Rodriguez lui-même tempère pourtant l'enthousiasme : les robots sont encore « loin » de pouvoir jouer un vrai match. Ce Mondial n'est pas leur victoire, c'est leur audition.
Pour le téléspectateur français qui regardait Brésil-Norvège depuis son canapé, la scène avait quelque chose de décalé. D'ici la finale du 19 juillet, qui se jouera dans ce même MetLife Stadium, d'autres apparitions sont probables. Et d'ici 2028, les robots qui ont appris à tenir un ballon devant des millions de personnes trieront des pièces détachées dans une usine Hyundai, loin des caméras. Difficile d'imaginer meilleure introduction.