Deux véhicules privés, Jackal de True Anomaly et Puma de Rocket Lab, ont mené pour la Space Force une opération conjointe de poursuite et de caractérisation en orbite. Les deux satellites ont achevé Victus Haze, la deuxième mission du programme Tactically Responsive Space, onze heures avant l’échéance que le Space Systems Command avait fixée.

 Sous sa gamme Pioneer, Rocket Lab a conçu et exploité Puma, plateforme dédiée aux missions de défense qui exigent une cadence de production rapide - ©PJ McDonnell / Shutterstock
Sous sa gamme Pioneer, Rocket Lab a conçu et exploité Puma, plateforme dédiée aux missions de défense qui exigent une cadence de production rapide - ©PJ McDonnell / Shutterstock

En mai dernier, SpaceX a lancé Jackal, le vaisseau de True Anomaly, depuis Cap Canaveral, à bord d’une fusée Falcon 9. Le satellite a orbité seul pendant plusieurs semaines. Le 19 juin, Rocket Lab a lancé Puma, son propre engin, seize heures et quarante-deux minutes après avoir reçu l’ordre de la Space Force. C’est le Space Systems Command, la branche d’acquisition de la Space Force, qui a fixé un délai de soixante-douze heures pour la phase d’interception, une fois Puma en orbite. Jackal a repéré, suivi puis photographié sa cible onze heures avant l’échéance.

Jackal a traqué et photographié Puma en orbite

En septembre 2023, Firefly Aerospace avait mené le premier volet du programme, Victus Nox, pour une mission de surveillance de l’espace, sans engagement direct entre deux satellites. Avec Victus Haze, la Space Force fait interagir directement deux satellites pour la première fois. Une fois la mission commencée, True Anomaly a confié le pilotage de Jackal à Mosaic, son logiciel de supériorité spatiale, chargé de planifier la traque de Puma. Le satellite a utilisé ses capteurs optiques, deux caméras à champ étroit et large ainsi que des viseurs d’étoiles, pour suivre sa cible à des distances comprises entre 100 et plus de 1 000 kilomètres. Jackal a manœuvré à plusieurs reprises pour modifier sa trajectoire et réduire la distance avec Puma, avec un suivi continu maintenu y compris pendant les déplacements de sa cible. Sous sa gamme Pioneer, Rocket Lab a conçu et exploité Puma, plateforme dédiée aux missions de défense qui exigent une cadence de production rapide.

Contrairement à Victus Haze, le nom que la Space Force réserve à l’exercice conjoint, True Anomaly appelle sa propre campagne d’essais Mission X-3. Depuis la séparation du lanceur, le 3 mai, Jackal a échangé près de 2 000 communications avec Mosaic. L’équipe a déployé plusieurs mises à jour logicielles sur le satellite et au sol pendant cette période, afin de corriger rapidement les anomalies rencontrées en vol. Les ingénieurs ont aussi achevé la mise en service complète du système de propulsion et réduit la sensibilité de la navigation GPS aux interférences terrestres et spatiales.

Rocket Lab et la France avaient anticipé ce type de mission

Pendant l’exercice, les deux satellites ont enchaîné plusieurs scénarios de sensibilisation au domaine spatial, avec des manœuvres répétées l’un envers l’autre, selon une déclaration du Space Systems Command. Selon Bryon McClain, colonel et responsable par intérim des acquisitions au sein du Space Systems Command, la Space Force veut recourir aux partenaires commerciaux de l'armée pour contrer d’éventuelles menaces en orbite, quel que soit l’endroit où elles opèrent.

Rocket Lab avait révélé l’existence de ce contrat dans un communiqué financier antérieur, destiné à ses actionnaires. L’entreprise y annonçait la signature de deux missions complexes pour le département de la Défense américain, dont une démonstration de lancement réactif où Rocket Lab construirait, lancerait et exploiterait elle-même le satellite, en service complet de bout en bout. Sur ce point précis, Puma répond à cette description.

En France, la start-up Dark développe un projet comparable, l’Interceptor, avec le soutien du Commandement de l’espace. Un avion de ligne modifié largue l’engin à 10 000 mètres d’altitude. Un second étage, équipé de pinces robotiques, capture ensuite physiquement un satellite hostile, jusqu’à une tonne, avant de le désorbiter vers le Pacifique Sud. Depuis novembre 2024, l’Agence de l’innovation de défense soutient ce programme, avec une étude baptisée Salazar consacrée à la simulation de captures en orbite basse.

True Anomaly veut désormais accélérer la cadence de ces opérations, avec des interceptions plus fréquentes et sur davantage d’orbites.

Source : Space