SpaceX a lancé ce 23 juin la mission Starfall Demo depuis Cap Canaveral, à bord d'une Falcon 9. La capsule mesure 3,1 mètres de diamètre pour 75 centimètres de hauteur et peut transporter jusqu'à 1 000 kg de charge utile depuis l'orbite basse. SpaceX veut bâtir un marché de fabrication industrielle en microgravité, jusqu'ici occupé par des start-ups qui dépendent elles-mêmes de ses fusées.

La FAA a accordé son autorisation environnementale le 15 mai dernier pour deux vols d'essai. Pour le moment, SpaceX n'a communiqué aucun détail sur la mission Starfall Demo - ©Norbert Maurice / Shutterstock
La FAA a accordé son autorisation environnementale le 15 mai dernier pour deux vols d'essai. Pour le moment, SpaceX n'a communiqué aucun détail sur la mission Starfall Demo - ©Norbert Maurice / Shutterstock

C'est une forme qu'on ne voit nulle part ailleurs dans l'industrie spatiale. Starfall ressemble à un palet de hockey géant : 3,1 mètres de diamètre, 75 centimètres de hauteur, 2 100 kg à vide. La capsule se compose d'une plaque supérieure en aluminium de 1 400 kg et d'un bouclier thermique en fibre de carbone de 700 kg, répartis entre face avant et face arrière. Le bouclier se largue avant l'amerrissage, puis des équipes de SpaceX récupèrent les deux pièces dans le Pacifique, à environ 1 300 km des côtes de Californie. Pour orienter son bouclier thermique lors de la rentrée atmosphérique, Starfall utilise des propulseurs à azote froid. Ça suffit à corriger l'attitude, pas à modifier l'orbite.

La FAA a accordé son autorisation environnementale le 15 mai dernier pour deux vols d'essai. Pour le moment, SpaceX n'a communiqué aucun détail sur la mission Starfall Demo que ce soit le nombre de capsules à bord ou la durée de leur séjour en orbite. Selon Stephen Clark, journaliste spécialisé en astronautique chez Ars Technica, pour SpaceX, ce lancement n'est rien d'autre qu'une mission classifiée pour le gouvernement américain.

Starfall transporte 1 000 kg depuis l'orbite, contre 35 kg pour ses concurrentes directes

Une capsule conique doit consacrer une bonne partie de sa structure à supporter les contraintes aérodynamiques et thermiques à la rentrée. Avec un disque, ces charges se répartissent sur une surface plus large, ce qui libère du volume utile. Starfall emporte donc jusqu'à 1 000 kg de fret dans un compartiment de 2,5 × 1,5 × 0,5 mètres, contre environ 35 kg pour les capsules W-series de Varda Space Industries, la start-up californienne qui a réalisé six missions orbitales de fabrication en microgravité, toutes lancées par des Falcon 9 de SpaceX.

Varda, Inversion Space et Atmos Space Cargo paient SpaceX pour accéder à l'orbite avec leurs propres capsules de retour. Avec Starfall, SpaceX entre en concurrence directe avec ces mêmes clients sur le segment du retour orbital. Inversion, qui n'a pas réussi à faire rentrer sa capsule Ray lors de son premier vol en 2025, part avec un retard supplémentaire sur ce marché.

Par ailleurs, des dépôts auprès de la FCC indiquent que SpaceX a installé des antennes Starlink directement sur les prototypes, pour tenter de maintenir une liaison de télémétrie en temps réel pendant le blackout plasma. Lors d'une rentrée hypersonique, les fréquences radio conventionnelles ne traversent pas la gaine d'air ionisé qui entoure le véhicule. SpaceX pense que les antennes en réseau phasé haute fréquence de Starlink pourraient percer cette barrière, une piste déjà explorée sur Starship en 2021 mais jamais validée en vol opérationnel.

Pour les missions opérationnelles, c'est Starship qui prendrait le relais de Falcon 9, avec la capacité d'emporter plusieurs unités en un seul vol - ©Sundry Photography / Shutterstock
Pour les missions opérationnelles, c'est Starship qui prendrait le relais de Falcon 9, avec la capacité d'emporter plusieurs unités en un seul vol - ©Sundry Photography / Shutterstock

En microgravité, certains matériaux n'ont pas d'équivalent produit sur Terre

En l'absence de gravité, certains matériaux cristallisent différemment, sans convection ni sédimentation. Des médicaments à base de petites molécules ou d'anticorps monoclonaux produisent en orbite des cristaux plus homogènes et plus purs qu'au sol. C'est vrai aussi pour les fibres optiques monocristallines et certains semi-conducteurs. Selon Anne Wilson, chimiste à la Butler University et conceptrice d'expériences pour l'ISS, il est possible d'obtenir en orbite des cristaux plus grands, plus parfaits et plus uniformes, des structures physiques impossibles à reproduire dans un laboratoire terrestre.

Pour SpaceX, Starfall est le successeur potentiel à l'ISS pour les activités industrielles en orbite basse, une station que la NASA prévoit de désorbiter à la fin de la décennie. Le projet porte aussi une dimension militaire : le programme Rocket Cargo du département américain de la Défense explore depuis plusieurs années la livraison rapide d'équipements critiques par voie orbitale. L'armée américaine a par ailleurs signé des accords avec Blue Origin, Rocket Lab et Anduril pour des études similaires.

Lors de sa tournée de financement, SpaceX a présenté aux investisseurs un bus satellitaire avec quatre emplacements pour capsules Starfall, sous l'étiquette « In-orbit manufacturing ». Pour les missions opérationnelles, c'est Starship qui prendrait le relais de Falcon 9, avec la capacité d'emporter plusieurs unités en un seul vol. La capsule Dragon, ne déroge pas à sa mission, dédiée aux vols habités vers l'ISS.

Source : Ars Technica