Ford avait misé gros sur l’intelligence artificielle (IA) pour fiabiliser ses chaînes de production. Aujourd’hui, le constructeur fait machine arrière et réembauche plus de 300 ingénieurs humains, faute d’avoir pu se passer de leur expertise. C’est ballot.

Ford fait marche arrière sur l'IA. ©Darren Brode / Shutterstock
Ford fait marche arrière sur l'IA. ©Darren Brode / Shutterstock

C’est un fait. Avec l’essor de l’IA, de nombreuses entreprises se bousculent pour automatiser une partie de leurs processus. Car la promesse est alléchante : réduire les coûts, gagner en productivité et soulager les équipes de tâches répétitives. Et sans surprise, cet engouement pèse aussi sur l’emploi.

Ces derniers mois, plusieurs géants de la tech ont justifié des vagues de suppressions de postes par les gains d’efficacité attendus de l’IA : c’est notamment le cas de Meta et d’Amazon. Si Ford a aussi fait ce pari en investissant massivement dans la technologie pour ses usines, le constructeur vient d’admettre que la technologie seule ne suffisait pas.

Automatiser les contrôles qualité

En octobre dernier, le directeur des opérations, Kumar Galhotra, annonçait le déploiement de 900 caméras pilotées par IA dans les usines du groupe, censées « détecter les problèmes de qualité à la source et aider à atténuer les perturbations de la chaîne d'approvisionnement ». Concrètement, il était question d’automatiser les contrôles qualité pour limiter les erreurs humaines et accélérer les cadences.

Mais la réalité s’est révélée plus compliquée. « À tort, nous pensions qu’il suffisait d’introduire l’intelligence artificielle et d’y intégrer nos exigences de conception pour obtenir un produit de haute qualité », a reconnu Charles Poon, vice-président de l’ingénierie matérielle des véhicules chez Ford.

Selon lui, les outils automatisés de l’entreprise ont manqué de la formation et de l’expertise des techniciens les plus expérimentés, dont beaucoup avaient quitté l'entreprise avant que leur savoir-faire ne soit transmis aux systèmes censés les remplacer. Ainsi, le problème viendrait plutôt des données que de la technologie elle-même.

Le logo de Ford. ©Tada Images / Shutterstock
Le logo de Ford. ©Tada Images / Shutterstock

Finalement, l’expertise humaine est nécessaire

Dans ce contexte, plus de 300 ingénieurs vétérans ont été réembauchés. Leur mission : former les nouvelles recrues, réviser les plans de conception et auditer les chaînes de production pour repérer les défauts avant qu’ils n’atteignent l’usine.

Ford ne tourne pas le dos à l’intelligence artificielle pour autant. Jim Farley, le patron du constructeur, continue de présenter la technologie comme un outil puissant, voire incontournable pour l’avenir du secteur. Finalement, ce rééquilibrage prouve que l’expertise humaine reste essentielle. Et il n’est pas sans rappeler une décision similaire de la fintech Klarna l’année dernière : après avoir tout misé sur l’IA, son P.-D. G est revenu en arrière et a mis en place un programme hybride.

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Sources : Fortune, BBC