General Motors a notifié le licenciement de 500 à 600 salariés de sa division informatique, soit la majorité des employés qui travaillent à Austin (Texas) et à Warren (Michigan). GM recrute en parallèle des ingénieurs spécialisés en IA, en données et en agents conversationnels.

Il y a parfois pire que de se faire larguer par SMS. Plusieurs salariés ont raconté à notre confrère CNBC leur convocation à une réunion virtuelle de quinze minutes, durant laquelle un membre des ressources humaines a lu un script avant de mettre fin à l'appel et à leur poste.
GM ampute environ 10 % de son département informatique global, soit près de 600 postes sur un total estimé à 6 000 par l'économique Bloomberg. Kevin Kelly, porte-parole du constructeur, parle d'une « transformation » destinée à « mieux positionner l'entreprise pour le futur ». Une personne familière du dossier a indiqué à CNBC que l'IA a pesé dans la décision, sans en constituer le seul motif.
L'action GM a reculé de 4 % à Wall Street le jour de l'annonce, alors même que soixante-dix postes restent ouverts au recrutement, tous orientés vers l'IA, les véhicules autonomes ou la compétition automobile.
Un échange de compétences plutôt qu'une coupe budgétaire
GM cherche des développeurs d'agents IA, mais aussi des spécialistes du prompt engineering, des ingénieurs de données et des architectes cloud capables de bâtir des systèmes d'IA dès la conception. Behrad Toghi, recruté chez Apple en octobre dernier, dirige désormais l'équipe AI Robotics, tandis que Rashed Haq, ancien responsable IA et robotique chez Cruise, occupe la vice-présidence des véhicules autonomes. Sterling Anderson, cofondateur de la startup de camions autonomes Aurora, supervise depuis mai 2025 la fusion des activités logicielles éparpillées dans le groupe.
Trois cadres dirigeants du logiciel ont quitté l'entreprise en novembre 2025 pendant cette consolidation, parmi lesquels Baris Cetinok, Dave Richardson et Barak Turovsky, ce dernier ayant occupé le poste de directeur IA pendant neuf mois seulement avant son départ.
Près de 90 % du code des logiciels de conduite autonome de GM sort aujourd'hui de modèles d'IA, c'est dire si les profils désormais recherchés sont loin des ingénieurs mécaniques d'antan.
D'autant que les chiffres trimestriels écartent l'hypothèse d'une coupe défensive. GM a engrangé 43,6 milliards de dollars de revenus au premier trimestre 2026, avec un EBIT ajusté de 4,3 milliards en hausse de 22 %, et un bénéfice net de 2,6 milliards, alors que Wall Street tablait sur des résultats inférieurs de 40 %. Mais GM a aussi enregistré 1,1 milliard de charges exceptionnelles liées à son repli sur le véhicule électrique, et a suspendu en avril ses programmes Chevrolet Silverado EV, GMC Hummer EV et Cadillac Escalade IQ. Cruise, racheté puis fermé fin 2024, a basculé ses équipes techniques vers les véhicules particuliers.

Le barème des indemnités et la question des visas H-1B
En guise de parachute doré, GM verse deux mois de salaire aux employés comptant entre une et quatre années d'ancienneté, selon le document du programme de séparation que CNBC a obtenu auprès des salariés concernés. Le barème grimpe ensuite à quatre mois pour huit ans d'ancienneté, puis culmine à six mois pour douze ans et plus, avec un versement forfaitaire santé compris entre 2 000 et 6 000 dollars qui s'y ajoute. Le poste occupé ou la difficulté de reclassement ne jouent aucun rôle dans le calcul.
Rien en revanche sur le statut migratoire des salariés visés, alors que GM est un des premiers employeurs de titulaires de visas H-1B dans le Michigan, et plusieurs des postes supprimés pourraient toucher des travailleurs sous ce statut. Un titulaire de H-1B licencié dispose, selon la réglementation fédérale américaine, de 60 jours pour retrouver un employeur sponsor ou changer de statut, sous peine de devoir quitter le territoire, le délai courant à partir de la date d'effet du licenciement et non de la notification.
Mary Barra, directrice générale de GM, déclarait au Detroit News en 2024 que l'entreprise irait « là où se trouve le talent ».
Mais Sam Abuelsamid, vice-président de la recherche marché chez Telemetry Agency, doute de la robustesse du calcul. Selon lui, les entreprises découvrent que travailler avec ces outils ne fonctionne pas toujours comme prévu, et finissent parfois par réembaucher ou par maintenir des humains chargés de vérifier le travail de l'IA. En 2025, plus de 200 postes d'ingénieurs CAO à Warren avaient disparu pour « conditions économiques », et Patrick Anderson, PDG d'Anderson Economic Group à Lansing, parle aujourd'hui d'un « signal d'alerte » pour les autres employeurs du Michigan.
Source : Bloomberg (accès payant)