La première plateforme crypto du monde avait choisi la Grèce pour entrer dans l'Union européenne. C'est la Grèce qui pourrait lui en fermer la porte, à dix jours d'une échéance que Binance jure pourtant maîtriser.

Logo Binance, Athènes en fond © Shutterstock/Binance
Logo Binance, Athènes en fond © Shutterstock/Binance

Depuis le 30 décembre 2024, l'Europe a cessé de regarder les cryptomonnaies comme un Far West toléré. Le règlement MiCA impose désormais à chaque plateforme un agrément en bonne et due forme pour servir le moindre client européen. La période de transition accordée aux acteurs déjà installés, elle, se referme le 30 juin. Selon l'agence Reuters, qui cite deux sources proches du dossier, le gendarme financier grec s'apprêterait à refuser cet agrément à Binance, ce qui priverait le numéro un mondial de l'accès aux Vingt-Sept.

Un rejet que l'agence de presse annonce, que Binance dément

La demande remonte à janvier 2026. Binance l'a déposée via une filiale grecque, après dix-huit mois d'échanges avec les régulateurs, en misant sur un pays dont le co-dirigeant Richard Teng vantait alors la main-d'œuvre qualifiée et le profil sécuritaire. Le calcul paraissait habile, il pourrait se retourner : selon Reuters, la Commission hellénique des marchés de capitaux (HCMC) se prépare à rejeter le dossier.

Binance
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MiCA, dont l'entrée en vigueur fin 2024 avait déjà rebattu les cartes du secteur, repose sur le principe du passeport européen. Un agrément obtenu auprès d'un seul régulateur national ouvre l'accès aux vingt-sept États membres, sans nouvelle autorisation à demander. Une licence, une porte, et tout le marché unique derrière. Pour une plateforme qui revendique des millions d'utilisateurs européens, ce dossier grec n'avait rien d'anecdotique.

Binance ne partage pourtant pas du tout la lecture de Reuters. Dans un communiqué publié le 16 juin, l'entreprise affirme au contraire que la HCMC avait jugé son dossier conforme aux exigences de MiCA. Mieux : que ce dossier avait été examiné jusqu'au niveau de l'autorité européenne ESMA, et que le régulateur grec comptait avancer vers l'autorisation lors d'un prochain conseil. La plateforme, qui avait déjà restreint plusieurs de ses moyens de paiement en Europe sous la pression réglementaire, promet une mise à jour à ses clients avant le 30 juin. De son côté, la HCMC se refuse à tout commentaire, invoquant ses règles de confidentialité. Deux récits qui ne se recoupent sur aucun point public, à dix jours de l'échéance.

En France, ce que le couperet changerait pour vos cryptos

En France, l'Autorité des marchés financiers (AMF) tient le rôle de la HCMC grecque. Le pays a transposé MiCA dès l'automne 2024, et le régulateur ne cesse de marteler le même calendrier depuis des mois. Passé le 30 juin, le vieux statut de prestataire de services sur actifs numériques (PSAN) ne suffira plus. Sur 117 PSAN enregistrés dans l'Hexagone, 83 ont déjà décroché leur agrément MiCA. Trente-quatre patientent encore, Binance parmi eux.

Le sort réservé aux retardataires donne la mesure de l'enjeu. Une plateforme qui continuerait d'opérer sans agrément s'expose à deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. L'AMF réclame en outre des acteurs concernés un plan de fermeture ordonnée, c'est-à-dire la restitution ou le transfert des avoirs de leurs clients. Concrètement, un détenteur français de cryptos sur une plateforme recalée ne verrait pas ses jetons s'évaporer, mais il devrait les rapatrier ou les déplacer vers un concurrent en règle. Coinbase, dont la plateforme a décroché son agrément MiCA au Luxembourg, et Kraken ont déjà obtenu le précieux sésame.

Le réflexe à adopter tient en une vérification. Avant tout nouveau dépôt, l'AMF recommande de s'assurer que sa plateforme figure bien sur la liste blanche qu'elle publie, ou au registre tenu par l'ESMA.

Pour Binance, le verdict tombera avant la fin du mois, et le numéro un mondial joue gros sur un dossier dont il jure, envers et contre tout, qu'il était sur le point d'aboutir.

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