C'est un vrai chamboulement dans le milieu du renseignement. La DGSI rompt officiellement son contrat avec le géant américain Palantir, au profit de l'éditeur français ChapVision, qui l'accompagnera dans l'analyse de ses données.

La DGSI abandonne l'Américain Palantir pour le Français ChapsVision. © Babaoui / Shutterstock
La DGSI abandonne l'Américain Palantir pour le Français ChapsVision. © Babaoui / Shutterstock

Beaucoup espéraient que la France coupe enfin les ponts avec Palantir, la contestée entreprise américaine qui travaillait main dans la main avec le renseignement hexagonal. Ce mardi 16 juin 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a lui-même confirmé que la Direction générale de la Sécurité intérieur (DGSI) allait cesser de collaborer avec Palantir. C'est l'entreprise tricolore ChapsVision, qui a rejoint l'indice Next40 des entreprises tech les plus rayonnantes du pays pas plus tard que la veille, qui travaillera désormais avec le renseignement français. Un nouveau pas vers une souveraineté numérique crédible.

Le renseignement français va faire le deuil du logiciel américain Palantir

La DGSI, notre contre-espionnage national, entretenait depuis dix ans une liaison complexe avec l'Oncle Sam. En 2016, sous la pression de la terrible vague d'attentats, nos agents ont dû adopter en urgence Gotham, le logiciel vedette de la firme américaine Palantir. Cet outil est un champion du Big Data : il est capable de brasser et de recouper instantanément des millions de données éparses (comme des écoutes téléphoniques, des achats de billets d'avion ou des publications sur les réseaux sociaux) pour y déceler des connexions criminelles invisibles à l'œil nu. Une arme antiterroriste d’une efficacité redoutable, mais un pari hautement risqué pour notre indépendance nationale.

Car confier le traitement parfois de nos secrets d’État les plus sensibles à une firme californienne soumise aux lois extraterritoriales du Cloud Act américain provoquait un immense malaise, devenu permanent ces derniers mois, et encore plus ces derniers jours, la jurisprudence Anthropic faisant foi. Ajoutez à cela le profil controversé du cofondateur Peter Thiel, ex-PayPal lié à la CIA, et le cocktail devenait intenable pour l'indépendance nationale.

Pourtant, cette dépendance de l’ombre s’éternisait. Faute d'un logiciel français assez mûr, c'est-à-dire capable d'absorber, de trier et de sécuriser des volumes de données aussi gigantesques sans flancher, pour le dire vulgairement, l'État s'était résigné à prolonger ce contrat fin 2025 pour trois ans de plus, ce qui avait fait polémique. Les experts croyaient la DGSI piégée à long terme dans ce mariage forcé avec Palantir, mais par les temps qui courent, nous ne sommes jamais à l'abri d'un coup de théâtre, la preuve !

Le logiciel français ArgonOS va reprendre le contrôle de nos données

« Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le domaine numérique », a déclaré le Premier ministre Sébastien Lecornu ce matin, en marge de l'annonce par le gouvernement du grand plan Notre IA. La France a franchi un nouveau cap.

La DGSI coupe donc son contrat américain pour confier l'analyse de ses milliards de données à ChapsVision. La société tricolore va déployer sa propre plateforme souveraine, baptisée ArgonOS, que l'on peut voir comme un puissant « système d'exploitation » blindé et 100 % français, capable de centraliser et de cartographier instantanément toutes les pistes d'enquête sans qu'aucun bit d'information ne sorte de nos frontières.

Le mouvement est bien lancé, et pas qu'un peu. Le mois dernier, ce sont les services secrets de nos voisins allemands qui avaient fait l'annonce de la bascule de Palantir vers… ChapsVision, qui récolte décidément tous les honneurs.

Reste désormais le plus difficile, à savoir assurer cette immense transition technique sans créer le moindre trou noir sécuritaire dans la lutte antiterroriste. ArgonOS devra rapidement prouver qu’il peut égaler la puissance des outils de Palantir. Le défi est certain, mais notre indépendance est enfin à ce prix.