La Commission européenne a imposé, le 9 juin, des mesures provisoires obligeant Meta à rétablir l'accès gratuit à son API WhatsApp Business pour les assistants IA tiers. C'est la première fois en 17 ans que Bruxelles utilise ce mécanisme dans une affaire antitrust. Meta dispose désormais de cinq jours ouvrables pour s'exécuter.

En janvier 2026, Meta avait coupé l'accès à son API WhatsApp Business à tous les assistants IA concurrents, au seul bénéfice de Meta AI. La Commission estime que laisser la procédure suivre son cours normal (qui peut prendre des années) risquait d'ancrer durablement cette domination sur le marché des assistants IA.
L'API WhatsApp Business, au cœur du litige
En octobre 2025, Meta a modifié les conditions d'utilisation de WhatsApp Business pour exclure les assistants IA tiers. La mesure est entrée en vigueur le 15 janvier 2026. Trois sociétés ont alors déposé plainte dont The Interaction Company, développant l'assistant Poke.com, la startup française Agentik, et une concurrente espagnole non nommée.
La Commission a ouvert une enquête formelle en décembre 2025, puis adressé une communication des griefs à Meta en février 2026. Sous pression, Meta a proposé en mars un accès payant à son API. Nous rapportions en avril que Bruxelles avait rejeté cette proposition, la jugeant économiquement insoutenable pour les concurrents et équivalente au blocage initial. Une offre d'accès gratuit d'un mois proposée au mois de mai n'a pas non plus réussi à convaincre.
10% du chiffre d'affaires mondial, Meta conteste et le dossier devient politique
Ces mesures provisoires fonctionnent comme une injonction temporaire. Elles entrent en vigueur immédiatement et s'appliquent pendant toute la durée de l'enquête. Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission, a tenu à expliquer la situation en affirmant que dans des marchés qui évoluent rapidement, la concurrence peut être perdue bien avant qu'une décision finale ne soit rendue. L'objectif est également de préserver le choix des utilisateurs européens, sans que Meta le fasse à leur place.
En cas de non-conformité dans le délai imparti, Meta s'expose à une amende pouvant atteindre 10% de son chiffre d'affaires mondial annuel. Selon la BBC, le groupe a rejeté la décision, en y pointant une "dérive réglementaire" subventionnée, selon lui, par les entreprises européennes qui paient pour accéder à WhatsApp Business. Un recours en appel est prévu.
L'affaire prend de l'ampleur dans un contexte déjà bien tendu entre les Big Tech américains et les autorités européennes. Selon l'administration Trump, l'Union européenne cible injustement les entreprises technologiques américaines. Le Vieux Continent tente surtout d'imposer ses régulations DSA et DMA tout en s'émancipant progressivement au nom de la souveraineté. Mais pour les entreprises américaines comme Meta, les réglementations européennes ne font que dégrader l'expérience de leurs utilisateurs en Europe.