La Commission européenne accuse Meta d'abuser de sa position dominante sur WhatsApp en excluant les assistants d'IA tiers de la plateforme. Bruxelles a annoncé, mercredi, son intention de lui imposer des mesures provisoires.

Ce mercredi 15 avril, la Commission européenne a adressé au groupe Meta une nouvelle salve de griefs sur l'accès des assistants d'IA tiers à WhatsApp. L'entreprise aussi propriétaire de Facebook et Instagram avait tenté de calmer le jeu en mars avec un système de redevances pour remplacer son interdiction d'octobre 2025, mais Bruxelles n'est pas convaincue. L'institution européenne estime que l'effet reste identique et prépare des mesures d'urgence pour forcer un rétablissement de la concurrence.
WhatsApp et l'IA, la manœuvre de Meta qui a mis Bruxelles en colère
Le 15 octobre dernier, Meta modifiait les règles d'utilisation de WhatsApp Business, la version professionnelle de sa messagerie. Dans son texte, le groupe américain avait glissé une décision aux conséquences majeures. Ce dernier précisait qu'à partir du 15 janvier 2026, les assistants d'IA développés par des entreprises concurrentes ne pourraient plus s'intégrer à WhatsApp ni interagir avec ses utilisateurs. Concrètement, seul Meta AI aurait droit de cité. À Bruxelles, on a aussitôt levé les sourcils.
Le 4 décembre 2025, la Commission européenne décidait de passer à la vitesse supérieure et d'ouvrir une procédure formelle. Le 9 février 2026, elle a envoyé à Meta ce qu'on appelle une communication des griefs, autrement dit, un document officiel qui liste les reproches. Pour Bruxelles, Meta semble avoir violé les règles européennes de concurrence en abusant de sa position dominante. En fermant WhatsApp aux IA concurrentes, Meta s'assure que ses deux milliards d'utilisateurs n'ont accès qu'à son propre assistant, Meta AI.
Sous pression, Meta, qui cumule les litiges avec l'UE, a fini par bouger. Le 2 mars 2026, le groupe a officiellement répondu aux griefs de la Commission. Deux jours plus tard, il a publié une politique révisée qui, sur le papier, lève l'interdiction. Mais le diable se cache dans les détails, et les assistants d'IA concurrents peuvent désormais accéder à WhatsApp… à condition de payer une redevance à Meta. L'accès est ouvert, certes, mais il n'est pas gratuit. À Bruxelles, on ne se laisse pas convaincre par ce tour de passe-passe.
Redevance ou interdiction, pour la Commission, c'est bonnet blanc et blanc bonnet
Pour la Commission, Meta a simplement changé l'emballage sans changer le contenu. Dans sa communication des griefs complémentaire du 15 avril, Bruxelles conclut à titre préliminaire que la redevance imposée aux assistants d'IA concurrents produit le même effet qu'une interdiction franche. En fait, en rendant l'accès à WhatsApp financièrement dissuasif, Meta continuerait de facto à barrer la route à ses rivaux sur un marché de l'intelligence artificielle en pleine explosion.
Teresa Ribera, la vice-présidente exécutive de la Commission, explique ce mercredi que « l'éviction de concurrents sur des marchés en évolution rapide tels que celui de l'IA est exactement le type de comportement que des mesures provisoires visent à combattre. » La Commission entend donc imposer des mesures d'urgence pour contraindre Meta à rétablir l'accès dans les conditions qui prévalaient avant le 15 octobre 2025, et ce jusqu'à décision finale.
Autre coup de théâtre de ce 15 avril, l'enquête a été étendue à l'Italie, en coopération avec l'autorité italienne de la concurrence, qui conduisait jusqu'ici sa propre investigation en parallèle. Le dossier couvre désormais l'ensemble de l'Espace économique européen. Meta conserve son droit de réponse, et ces mesures provisoires ne préjugent pas du verdict final, faut-il le rappeler, mais le message envoyé outre-Atlantique est on ne peut plus clair.