Bruxelles accuse formellement Meta d'abus de position dominante pour avoir exclu les assistants IA concurrents de WhatsApp. La Commission envisage des mesures d'urgence pour forcer la réouverture de la plateforme.

La Commission européenne resserre l'étau sur Meta. Elle vient d'adresser au groupe américain une notification de griefs, un document juridique qui formalise les accusations d'infraction aux règles de concurrence. En décembre dernier, Bruxelles avait ouvert une enquête pour comprendre si les nouvelles conditions d'utilisation de WhatsApp Business ne visaient pas à évincer les assistants IA tiers de la plateforme.
Meta veut exploiter WhatsApp pour imposer son IA
L'affaire a commencé en octobre 2025, quand Meta a modifié sa politique d'utilisation pour interdire aux assistants IA généralistes d'accéder à WhatsApp. OpenAI a été le premier à annoncer son retrait, en laissant plus de 50 millions d'utilisateurs de ChatGPT sur le carreau. Microsoft a suivi en novembre en retirant Copilot. Depuis le 15 janvier, Meta AI reste le seul assistant autorisé à interagir directement avec les utilisateurs de WhatsApp.
La Commission considère que Meta occupe une position dominante sur le marché de la messagerie grand public au sein de l'Espace économique européen. Or WhatsApp devient selon elle un point d'accès déterminant pour les assistants IA qui cherchent à toucher les consommateurs. Bloquer l'accès aux concurrents pourrait étouffer la concurrence avant même qu'elle ne se développe.

Les régulateurs redoutent un préjudice grave et irréparable pour le marché des assistants IA. Ils envisagent donc des mesures provisoires qui obligeraient Meta à rouvrir l'accès aux concurrents pendant la durée de l'enquête. Bruxelles ne souhaite donc pas attendre la fin de son investigation. Le marché est trop bouillonnant et la Commission craint qu'attendre la fin de l'instruction ne déforme définitivement le marché. Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission, présente ce dossier comme un test pour l'application du droit de la concurrence aux écosystèmes d'IA.
Dans un message adressé à nos confrères de The Register, Meta conteste les accusations et affirme que les assistants IA disposent de multiples canaux pour atteindre les utilisateurs : boutiques d'applications, systèmes d'exploitation, sites web ou partenariats. Le groupe rappelle qu'au Brésil, les tribunaux ont rejeté l'idée que WhatsApp constitue un canal de distribution critique pour les chatbots.
Si la Commission tranche contre Meta, cette dernière s'expose à des amendes et à l'obligation de modifier l'intégration des services IA tiers sur WhatsApp.