Washington vient de désigner BYD, Alibaba, Baidu et Unitree comme « entreprises militaires chinoises ». Une étiquette dont les effets pratiques sont plus limités qu'il n'y paraît, mais qui dit quelque chose sur la divergence croissante entre Washington et ses alliés.

BYD Bao 3 © BYD
BYD Bao 3 © BYD

Depuis 2021, le Pentagone tient une liste : la liste 1260H, créée par le National Defense Authorization Act pour recenser les entreprises considérées par le département de la Défense comme liées à l'armée chinoise. Pas de sanctions directes (il s'agit d'une désignation, pas d'un jugement), mais un signal envoyé aux contractants du gouvernement américain. Le 8 juin 2026, BYD, Alibaba, Baidu et Unitree figurent parmi les ajouts les plus médiatiques d'une mise à jour qui porte la liste à 188 entreprises au total.

Alibaba et Baidu ont aussitôt contesté la désignation, la qualifiant d'infondée, et évoqué des recours. Ce n'est pas sans précédent : Xiaomi, inscrite sur la liste en 2021, en avait obtenu sa suppression après une action en justice contre le département de la Défense.

Ce que « militaire » veut dire sur cette liste

La désignation 1260H n'est pas une liste noire commerciale. Elle n'interdit pas de vendre des produits aux particuliers, ni d'opérer en Europe ou en France. Son effet pratique est ciblé : les contractants directs du département de la Défense américain ne pourront plus passer de commandes auprès des entités listées à partir du 30 juin 2026. C'est une exclusion de marché public américain, pas une mise au ban international.

Pour Unitree, dont le dernier robot mécha habitable a fait sensation en Chine il y a quelques semaines, la désignation tombe à un moment de forte exposition médiatique. En février 2026, ses humanoïdes exécutaient des chorégraphies d'arts martiaux sur CCTV devant des centaines de millions de téléspectateurs lors du gala du Nouvel An chinois. Ce genre de visibilité ne facilite pas la sortie de liste.

Les critères exacts utilisés par le DoW pour établir la liste ne sont pas publiés dans le détail, ce que les entreprises contestent régulièrement. Tencent a elle aussi figuré sur la liste ces dernières années.

En Europe, la fièvre BYD continue de monter

En 2025, BYD a immatriculé plus de 14 000 véhicules en France, soit une hausse de près de +145 % sur l'année précédente, pour environ 1 % de part de marché. Une progression réalisée malgré les droits de douane européens additionnels appliqués aux voitures électriques chinoises depuis l'été 2024, que BYD a en partie absorbés en réduisant ses marges. La marque garantit désormais ses véhicules 8 ans ou 250 000 kilomètres, un signal de confiance sur le marché de l'occasion.

Unitree commercialise déjà ses robots G1 et B2 en Europe. Le marché mondial des robots humanoïdes a bondi de 508 % en un an selon les données du secteur, porté en quasi-totalité par des fabricants chinois (Unitree figurant parmi les deux premiers en volume d'expéditions).

Ce que ça change concrètement pour un acheteur européen de BYD ou pour une entreprise qui utilise des robots Unitree : strictement rien dans l'immédiat. La désignation américaine ne s'applique pas aux marchés européens. Ce qui pourrait évoluer à moyen terme, en revanche : les entreprises qui collaborent techniquement avec ces marques sur des projets à financement américain garderont peut-être la liste dans un coin de la tête.

Pour l'instant, les concessionnaires BYD continuent d'ouvrir en France. Washington s'inquiète, l'Europe signe des bons de commande.