La start-up canadienne Ursa Ag a conçu un tracteur réparable, sans technologie superflue, vendu moitié prix d'un John Deere, une réponse directe au monopole de réparation du géant américain. Les demandes se succèdent jusqu'en France.

Pendant des années, les agriculteurs ont contourné le problème à leur façon, en rachetant par exemple de vieux tracteurs des années 1980, avant que John Deere ne verrouille tout par logiciel. Ursa Ag, une start-up canadienne, a décidé de créer un tracteur neuf sans fioritures technologiques dirons-nous, réparable, abordable et pensé pour durer. Depuis sa présentation dans un salon agricole local, la demande dépasse toutes les espérances : des agriculteurs de trente pays, parmi lesquels la France, ont déjà frappé à la porte de l'entreprise, nous apprend 404Media.
Ursa Ag sonne la révolte et veut en finir avec la surenchère technologique dans les champs
Chez John Deere, leader mondial, les tracteurs modernes sont bardés de logiciels verrouillés. Il est ainsi impossible de les réparer soi-même, même pour une panne mineure. Seul un technicien agréé par la marque peut intervenir, avec les délais et les coûts que ça implique. Sauf qu'en pleine récolte, attendre plusieurs jours peut détruire une saison entière. Du coup, de vieux modèles Deere d'avant l'ère numérique, sans ordinateur de bord comme ceux de 1987, sont devenus une denrée rare… mais très recherchée.
Doug Wilson, de la société Ursa Ag, y a vu une opportunité et en a profité. Son tracteur est pensé pour être simple puisqu'il n'embarque pas de capteurs inutiles ni d'électronique superflue, mais juste le nécessaire pour travailler. N'importe quel mécanicien de village peut le réparer, et surtout, il coûte deux fois moins cher qu'un John Deere comparable. C'est en discutant avec un client qui avait pour seule exigence que que sa machine démarre le matin et s'arrête le soir, qu'il a eu l'idée de proposer une alternative.
L'idée de proposer un appareil ou une machine plus facilement réparable est en tout cas dans l'air du temps. Dans l'électronique grand public, Fairphone fabrique déjà des smartphones que l'on peut démonter et réparer pièce par pièce, et Framework fait de même avec ses laptops. Ursa Ag applique simplement cette même philosophie au monde agricole, un secteur où, jusqu'ici, personne n'avait encore osé proposer une vraie alternative aux grands constructeurs verrouillés.
Des agriculteurs français intéressés
Le tracteur a fait parler de lui lors d'un salon agricole canadien, puis sur certains sites spécialisés, et le bouche-à-oreille a fait le reste. Plus de mille agriculteurs issus d'une trentaine de pays ont depuis pris contact avec Ursa Ag. Parmi eux, un exploitant français qui, ne possédant pas d'ordinateur, a tout simplement écrit une lettre à la main pour demander des informations.
Alors, Ursa Ag a pour l'instant produit un peu moins d'une centaine de tracteurs, mais l'entreprise travaille déjà à tripler sa capacité de fabrication. Pendant des années, face aux plaintes répétées des agriculteurs contre John Deere, la réponse était de dire « achetez chez un autre constructeur. » Sauf qu'aucun autre constructeur ne proposait vraiment mieux. Ursa Ag est le premier qui semble changer la donne.
Doug Wilson voit ce succès comme un signal qui dépasse largement l'agriculture. Beaucoup de ses clients utilisent encore des téléphones à clapet par exemple, la preuve, selon lui, qu'une partie du public en a assez des appareils surchargés de fonctions inutiles, ou jugés trop complexes. Un rejet qui pourrait très bien s'étendre aux réfrigérateurs équipés d'écrans tactiles ou aux machines à laver connectées à Internet, qui sait. « C'est un peu fou », résume-t-il.