Microsoft a présenté Scout, un agent IA « toujours actif » greffé à Microsoft 365. Un document interne consulté par la presse en détaille la stratégie de lancement. Sa toute première étape a de quoi faire tiquer.
Que Microsoft développe de nouveaux outils d'IA n'a, en soi, rien d'étonnant : l'entreprise a réorienté à peu près tout ce qu'elle fait autour de la technologie depuis trois ans. Hier, lors de sa conférence Build, elle a dévoilé Scout, un « agent personnel toujours actif » intégré à la suite Microsoft 365. Mais c'est un document interne, consulté par le site 404 Media, qui a retenu l'attention : on y lit que la première phase du plan consiste à « rendre les gens accros » à l'outil.
Trois phases, et une première étape assumée
Le document, intitulé en interne « ClawPilot : Overview and Plan with Project Lobster », décrit trois phases menant « d'une application addictive vers une plateforme agentique ». La première, donc, vise à rendre les utilisateurs dépendants : continuer à diffuser l'expérience autonome, peaufiner l'interface, faire croître la base et bâtir l'écosystème de fonctions « qui rend les gens dépendants au quotidien ». Microsoft pilotait déjà l'outil en interne sous le nom de « ClawPilot » depuis le mois de mars.
Officiellement, Scout a été présenté comme un assistant capable d'agir au fil du travail. Et il pousse le curseur plus loin que les chatbots habituels : là où ChatGPT ou Copilot ne sont visibles que de leur seul utilisateur, Scout apparaît dans les systèmes internes de messagerie et d'agenda comme s'il était un collègue parmi d'autres. Il s'intègre à Outlook, Teams, OneDrive et Word, réclame un abonnement GitHub Copilot, et fonctionne dans le cadre du programme expérimental « Frontier » de l'entreprise.
Une dépendance que la tech cultive déjà
Les agents autonomes se sont diffusés à une vitesse fulgurante depuis l'essor d'OpenClaw, ce cadre open source que Jensen Huang présente comme l'adoption logicielle la plus rapide de l'histoire, devant la courbe de Linux sur trente ans.
Ce confort a un prix, et il est devenu un argument d'embauche. Un dirigeant de Microsoft racontait récemment qu'un candidat avait conditionné son arrivée à un budget de jetons IA quotidien pour toute son équipe, de cent à plusieurs centaines de dollars par jour. Huang, lui, a proposé d'allouer à chaque ingénieur de NVIDIA un budget de jetons équivalent à la moitié de son salaire annuel. Nommer cette accoutumance « addiction » dans une présentation, comme l'a fait Microsoft, revient surtout à dire tout haut ce que le reste de l'industrie emballe déjà en avantage en nature.
Depuis deux ans, l'entreprise a multiplié les agents dans sa suite : elle promettait dès 2025 une « armée d'agents » capables d'exécuter des tâches métier de façon autonome. Scout en est le prolongement grand public, avec une nuance de taille : ce n'est plus seulement un assistant qu'on sollicite, mais une présence qui agit en arrière-plan, et dont l'objectif affiché est qu'on ne puisse plus s'en passer.
Reste la dimension la plus concrète pour celui qui s'en servira : un agent qui se fond dans les mails et les agendas comme un collègue, qui agit pendant qu'on regarde ailleurs, et qu'on est censé ne plus vouloir quitter. La promesse de productivité est réelle. La question de savoir qui dépend de qui l'est un peu moins.
Interrogé sur le terme « accro », Microsoft n'a pas commenté et a renvoyé la presse vers son billet officiel de lancement, où il n'est, évidemment, question que d'aider l'utilisateur.