Sur la scène du Computex, Jensen Huang a promis que sa nouvelle puce ARM ferait tourner toutes les applications jamais sorties sur Windows. De quoi régler, sur le papier, le vieux point faible des machines ARM. Sur le papier, donc.

Pour qui hésite à s'offrir un portable ARM cet automne, l'essentiel ne sera pas de savoir si Windows démarre, mais si vos logiciels et vos jeux franchissent vraiment l'épreuve de l'émulation. © Microsoft
Pour qui hésite à s'offrir un portable ARM cet automne, l'essentiel ne sera pas de savoir si Windows démarre, mais si vos logiciels et vos jeux franchissent vraiment l'épreuve de l'émulation. © Microsoft

Les PC Windows sous ARM traînent une réputation tenace : prometteurs sur le papier, décevants dans les faits, surtout dès qu'il s'agit de faire tourner un vieux logiciel ou un jeu un peu gourmand. C'est précisément ce procès que NVIDIA veut clore. Le 1er juin, au Computex de Taipei, Jensen Huang a présenté la RTX Spark, première incursion du fabricant sur le marché du PC Windows, en promettant qu'elle ferait tourner « chaque application que Windows a jamais fait tourner », grâce à un mélange de logiciels ARM natifs et de l'émulateur maison de Microsoft.

Une puce ARM qui vise la puissance d'une RTX 5070

La RTX Spark, dont le nom de code interne est N1X, repose sur une architecture ARM, comme les puces d'Apple ou les Snapdragon de Qualcomm. NVIDIA l'a conçue avec MediaTek et fait graver chez TSMC en 3 nanomètres. Sous le capot, un processeur Grace de 20 cœurs ARM épaule une partie graphique Blackwell de 6 144 cœurs CUDA, soit autant qu'une GeForce RTX 5070 de bureau (rien que ça). À cela s'ajoutent 128 Go de mémoire unifiée, pour une enveloppe thermique d'environ 80 watts seulement. NVIDIA revendique 1 petaflop de puissance de calcul pour l'IA, des caractéristiques que nous avons détaillées au moment de l'officialisation de la puce.

La première machine à l'embarquer est le Surface Laptop Ultra, que Microsoft présente comme son portable le plus puissant à ce jour. Une poignée d'autres constructeurs (ASUS, Dell, HP, Lenovo, MSI) suivront à l'automne 2026, Acer et GIGABYTE un peu plus tard. Aucun tarif n'a en revanche été communiqué, mais vu le positionnement, mieux vaut prévoir un budget conséquent.

Adobe Premiere Pro sur le futur Surface Laptop Ultra © Microsoft
Adobe Premiere Pro sur le futur Surface Laptop Ultra © Microsoft

Le vrai argument de vente de NVIDIA n'est pourtant pas la fiche technique, mais la compatibilité logicielle. Sur les PC Windows sous ARM, les applications pensées pour l'architecture x86 traditionnelle ne tournent pas directement : elles passent par Prism, l'émulateur de Microsoft, qui traduit leurs instructions à la volée vers l'ARM (un peu comme un interprète en simultané, avec le léger temps de retard que ça suppose). NVIDIA assure que cette couche, optimisée pour sa puce, avale désormais la quasi-totalité du catalogue.

Toutes les apps, vraiment ? Ce que l'émulation ne dit pas

Prism fait effectivement tourner la plupart des applications x86, d'autant que Microsoft lui a greffé la prise en charge des instructions AVX et AVX2, élargissant le nombre de logiciels compatibles. Sauf que « la plupart » n'a jamais voulu dire « toutes » : les applications très anciennes ou très complexes peuvent tourner mal, voire pas du tout, et la longue traîne des pilotes et des périphériques reste un angle mort (votre vieille imprimante n'est pas forcément invitée à la fête). Aucun test indépendant n'est d'ailleurs venu, à ce stade, confirmer le discours du constructeur.

Le jeu vidéo résume bien le challenge posé par la plateforme ARM, puisqu'en plus des défis de compatibilités et de pilotes vient s'ajouter la contrainte des anti-triche. L'émulation n'ouvre pas l'accès aux composants bas niveau du système, ce qui empêchait jusqu'ici les anti-triche de fonctionner et rendait des jeux comme Fortnite ou Valorant tout bonnement injouables sur ARM. NVIDIA annonce travailler avec les éditeurs pour porter en natif les principaux anti-triche, dont Easy Anti-Cheat, BattlEye et Denuvo. Le verrou saute, à une condition (et elle est de taille) : que chaque éditeur fasse le portage. Qualcomm avait déjà tenté l'opération sur ses Snapdragon, sans jamais atteindre la masse critique.

Et la concurrence, justement, ne regarde pas ailleurs. Face à Apple et à ses MacBook M5, dont l'efficacité sert de mètre étalon sur le segment ARM, comme face aux Snapdragon X2 de Qualcomm, NVIDIA tient un argument de poids. Son pari : transformer la compatibilité, longtemps le boulet de Windows sur ARM, en porte d'entrée. Encore faut-il que les machines tiennent la promesse une fois branchées sur un vrai bureau.

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