Le monopole du x86 a du souci à se faire : une fuite récente suggère que NVIDIA s'apprêterait à lancer ses propres processeurs ARM pour PC portables bien plus tôt que prévu. Si la rumeur dit vrai, la firme pourrait dégainer son architecture grand public dès le premier trimestre 2026.

On savait que NVIDIA lorgnait avec insistance sur le marché des processeurs grand public, agacé de laisser Intel et AMD se partager le gâteau des CPU pour ordinateurs portables. Jusqu'ici, on pensait l'échéance encore lointaine, calée quelque part entre la fin de l'année et 2027. Mais selon les dernières indiscrétions en provenance des chaînes de production à Taïwan, Jensen Huang aurait décidé de passer la seconde. Ces révélations, relayées par le très informé média DigiTimes, indiquent que l'offensive « Windows on ARM » de NVIDIA pourrait débuter dès les prochaines semaines.
Si l'on prête une oreille aussi attentive à cette rumeur, c'est avant tout à cause de sa source. DigiTimes n'est pas un site de « leaks » comme les autres : basé à Taipei, il dispose d'un accès direct aux fournisseurs de composants, aux assembleurs et aux fondeurs comme TSMC. Dans le monde du hardware, quand la chaîne d'approvisionnement commence à s'agiter à Taïwan, c'est rarement pour rien.
Un SoC NVIDIA pour tout faire
C'est la grosse surprise de cette fuite. Le projet répondant au nom de code « N1X » pourrait faire ses débuts commerciaux dès ce trimestre. Concrètement, cela signifie que nous pourrions voir débarquer très prochainement des PC portables équipés d'un véritable SoC NVIDIA (System on a Chip), intégrant à la fois le processeur et la partie graphique sur une seule et même puce.

L'architecture ARM, que l'on retrouve dans nos smartphones et qui fait le bonheur d'Apple avec ses puces M, offre un ratio performance/consommation qui fait pâlir les architectures traditionnelles x86. En couplant un CPU ARM maison avec ses cœurs graphiques GeForce RTX, NVIDIA espère proposer le mouton à cinq pattes : une machine fine, endurante, mais capable de faire tourner les derniers triple A sans se transformer en soufflerie. Cette stratégie vise directement à contrer l'hégémonie de Qualcomm sur le segment Windows on ARM.
Les joueurs et les créateurs dans le viseur
Contrairement à ses concurrents qui ont parfois tenté de séduire les professionnels avec des arguments de pure autonomie, NVIDIA mise sur son cœur de cible historique : les gamers. Jusqu'à présent, les processeurs ARM sous Windows souffraient d'une image de plateforme de bureautique de luxe, incapable de gérer correctement les jeux gourmands à cause de problèmes de compatibilité ou de performances.
Avec la force de frappe logicielle de la marque (DLSS, Frame Generation) et une intégration matérielle CPU/GPU optimisée de façon interne, la firme de Santa Clara pourrait être la première à rendre le jeu sur ARM réellement viable. Si les performances sont au rendez-vous, c'est une véritable épine dans le pied d'Intel et AMD, qui dominent sans partage ce segment depuis des décennies. Les futures puces « N2 », déjà évoquées pour 2027, laissent d'ailleurs penser que NVIDIA compte bien s'installer pour durer.
Pourquoi maintenant ?
Le timing n'est pas anodin. L'exclusivité de Qualcomm sur l'écosystème ARM de Microsoft a expiré, ouvrant la porte à tous les appétits. En dégainant dès ce début d'année, NVIDIA profiterait d'une fenêtre de tir idéale : Intel traverse une zone de turbulences historiques (même si Panther Lake semble très prometteur) et AMD peine encore à inonder le marché des laptops haut de gamme avec ses dernières puces Ryzen AI.
Reste une inconnue de taille : le prix. NVIDIA n'est pas exactement connue pour sa philanthropie, et ses solutions haut de gamme se paient souvent au prix fort. Ces nouvelles machines seront-elles accessibles au plus grand nombre ou réservées à une élite prête à essuyer les plâtres ? On peut craindre que l'innovation se paie au prix fort, surtout si les performances viennent taquiner les meilleures références actuelles de chez Apple.
Si cette fuite se confirme, 2026 sera l'année où le PC portable aura entamé sa plus grosse mutation depuis vingt ans. Voir NVIDIA proposer une alternative crédible au couple Intel/AMD est une excellente nouvelle pour la concurrence et l'innovation. Reste à voir si l'exécution suivra : l'émulation des logiciels classiques sur une puce ARM reste un défi technique. Seriez-vous prêts à abandonner Intel ou AMD pour un processeur 100 % NVIDIA ?