Après deux ans de reports tacites et de circonvolutions, NVIDIA a enfin levé le voile sur sa vision de ce que doit être un SoC pour PC portable, au travers de sa toute nouvelle RTX Spark Superchip. La cible est limpide, Apple et Qualcomm sont dans le collimateur. Six premiers modèles de laptops Windows équipés sont annoncés pour l'automne 2026.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il s'est fait attendre. Évoqué dès 2024 par les premières rumeurs et pressenti au départ pour une annonce l'année dernière, le SoC de NVIDIA pour PC portables a finalement été présenté ce lundi 1er juin 2026 par Jensen Huang, lors d'une conférence de presse organisée dans le cadre du Computex.
Pas de références N1 / N1X comme cela avait longtemps été évoqué (du moins pas à ce stade), mais une seule puce : la RTX Spark Superchip. Sous l'IHS ? Un CPU Grace custom, un GPU Blackwell et jusqu'à 128 Go de mémoire unifiée.
Star du salon, ce nouveau SoC exploite l'architecture ARM pour amorcer, du moins NVIDIA l'espère, une révolution sur le marché des PC portables Windows… mais sans trop s'éloigner de ce que l'on connaissait déjà avec la puce GB10 lancée l'année dernière sur des stations de travail IA compactes, comme le DGX Spark, animé alors par Linux.
Cette fois, c'est à Windows ARM que NVIDIA va pouvoir s'attaquer.
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Ladies and Gentlemen, voici la RTX Spark Superchip !
Cette nouvelle RTX Spark Superchip s'appuie donc sur une puce déjà éprouvée et sur la gravure en 3 nm de TSMC. Elle se déploiera sur plus de 40 machines, promet NVIDIA, au travers de modèles attendus chez la plupart des constructeurs. Six d'entre eux ont d'ailleurs d'ores et déjà signé : ASUS, Dell, HP, Lenovo, Microsoft et MSI.
Sur le plan strictement technique, la RTX Spark regroupe plus de 70 milliards de transistors répartis sur deux chiplets unis l'un à l'autre par un lien NVLink C2C à 600 Go/s. Pour le formuler autrement, cela équivaut à 5x la bande passante d'une connexion PCIe Gen 5, et ce, pour une consommation bien moindre. Côté consommation justement, NVIDIA parle d'une enveloppe thermique (TDP) allant du watt unique à 80 W en pointe, avec des performances soutenues aussi bien sur batterie que sur secteur… exactement comme chez Apple.
À l'intérieur de cette RTX Spark Superchip, une partie CPU « Grace » à 20 cœurs, conçus par NVIDIA mais implémentés avec le soutien d'un certain MediaTek. Pour ce processeur, le géant au caméléon reste toutefois modeste, évoquant à ce stade un niveau de performances « compétitif avec tout ce qui existe dans le monde Windows »… sans donner de chiffres précis face à la concurrence des ténors du segment ARM : le Snapdragon X2 Elite Extreme, en premier lieu, mais aussi les Apple M5 Pro / M5 Max.
Comme toujours avec NVIDIA, le clou du spectacle est à chercher du côté GPU. La firme mise cette fois sur une grosse partie graphique Blackwell regroupant 6144 cœurs CUDA pour délivrer 1 petaFLOP de puissance de calcul en FP4. Cet iGPU contient donc autant de cœurs CUDA qu'une RTX 5070 de bureau. Rien que ça.
Ce tandem CPU / GPU pioche enfin dans une réserve partagée de mémoire unifiée LPDDR5X. NVIDIA annonce à ce propos un maximum de 128 Go avec 300 Go/s de bande passante, mais cette quantité de mémoire pourra dans les faits être déclinée de 16 à 128 Go, à la discrétion des OEM.
Revenons un instant sur le volet graphique. Pour avoir un autre point de comparaison, il est intéressant de jeter un œil aux cœurs CUDA embarqués par les cartes graphiques dédiées NVIDIA GeForce RTX 5000 MaxQ. Celle que l'on trouve actuellement sur les PC portables gaming, entre autres.
On constate alors que la partie graphique de cette nouvelle RTX Spark Superchip embarque plus de cœurs CUDA qu'une RTX 5070 Ti mobile, mais avec une enveloppe thermique inférieure : 80 W au maximum pour l'ensemble de la RTX Spark, nous l'avons dit, en lieu et place des 60 à 115 W (100W + 15W de Dynamic Boost au maximum) absorbés par la RTX 5070 Ti mobile.
- RTX 5090 mobile : 82 SM pour 10 496 cœurs CUDA
- RTX 5080 mobile : 60 SM pour 7 680 cœurs CUDA
- RTX 5070 Ti mobile : 46 SM pour 5 888 cœurs CUDA
- RTX 5070 mobile : 36 SM pour 4 608 cœurs CUDA
- RTX 5060 mobile : 26 SM pour 3 328 cœurs CUDA
- RTX 5050 mobile : 20 SM pour 2 560 cœurs CUDA
En clair, NVIDIA réussirait (théoriquement) à faire tenir autant, voire plus, de performances sur l'iGPU d'un « simple SoC » que sur certaines de ses cartes graphiques mobiles dédiées… tout en consommant moins d'énergie. Il faudra vérifier tout cela en test, mais la promesse est alléchante.
NVIDIA torpille le monopole de Qualcomm sur Windows ARM…
Plus concrètement, NVIDIA et ses partenaires cherchent à nuire aux MacBook Pro M5 Pro / M5 Max, aussi bien sur les performances qu'en termes de design ou d'affichage. Le portrait-robot des PC portables RTX Spark à venir laisse d'ailleurs peu de doute en la matière. Ces modèles s'appuieront sur des châssis en aluminium usiné CNC, pouvant s'avérer très compacts : 14 mm d'épaisseur et 1,36 kg seulement pour les appareils les plus fins et légers.
Ils embarqueront par ailleurs des dalles tandem-OLED G-SYNC allant de 14 à 16 pouces pour aboutir à une qualité d'affichage comparable, sinon supérieure, à ce qu'Apple propose actuellement avec ses panneaux Mini-LED Liquid Retina XDR. En clair, ça promet.
Toujours plus concrètement, huit modèles de PC portables sont déjà annoncés. En voici la liste :
- ASUS ProArt P14 et P16
- Dell XPS
- HP Omnibook X14 et Omnibook Ultra 16
- Lenovo Yoga Pro 9N
- Microsoft Surface Laptop Ultra
- MSI Prestige N16 Flip AI+
Cette première fournée de laptops RTX Spark n'est toutefois qu'un aperçu de ce que l'on devrait trouver sur le marché d'ici quelques mois. NVIDIA évoque en effet la commercialisation prochaine de 30 références de laptops RTX Spark, complétées par 10 modèles de Mini-PC également équipés. Ces différentes machines sont attendues durant l'automne 2026, avec tout de même un gros bémol : le prix. NVIDIA reste pudique sur ce point, parlant juste d'un placement tarifaire « premium », sans en dire plus. En l'état, un positionnement entre 2000 et 3000 euros pour les modèles les plus « accessibles » est probable.
Trop tard et trop cher ?
Quelle qu'en soit l'issue exacte, l'annonce de la RTX Spark Superchip devrait marquer un tournant pour le marché des PC portables Windows. Avec ce nouveau SoC, NVIDIA met de facto un terme à la mainmise de Qualcomm sur les machines Windows ARM.
L'équipe rouge a néanmoins une carte à jouer sur l'entrée et le milieu de gamme avec ses processeurs Snapdragon C (annoncés sur des appareils débutant à 300 dollars) et Snapdragon X2 Plus (dont on attend par contre toujours de voir la couleur à moins de 1000 euros). Deux terrains sur lesquels NVIDIA n'aura a priori aucune prise, sa nouvelle puce étant vouée aux PC haut de gamme, voire très haut de gamme.
Bien entendu, Apple et ses MacBook Pro ARM pourraient aussi être inquiétés par cette annonce, mais dans une moindre mesure. Si les nouvelles puces M5 Pro / M5 Max seront bel et bien challengées sur le terrain graphique par cette RTX Spark, il se peut qu'elles conservent une avance en termes de performances CPU, voire en matière d'efficacité énergétique. Par ailleurs, Apple pourra toujours compter sur son écosystème fermé et sur la fidélité de ses utilisateurs pour atténuer le choc que représente, quoi qu'il en soit, l'arrivée de ces nouvelles puces ARM estampillées NVIDIA sur le marché.
Un choc qui pourrait néanmoins être ramolli par la flambée du prix de la RAM ces derniers mois, ce qui laisse d'ailleurs circonspect quant au timing choisi par NVIDIA pour ce lancement. Pourquoi diable ne pas avoir lancé la RTX Spark Superchip l'année dernière (on la savait quasiment prête) ? En dégainant aussi tard, NVIDIA se confronte à de la mémoire vive hors de prix, mais aussi à une concurrence à présent plus aiguisée de la part de Qualcomm, d'ores et déjà renforcé par ses puces Snapdragon X2 Elite / Elite Extreme.