Les accusations d'OpenAI et Anthropic viennent de changer de statut. Elles sont passées de plaintes privées à doctrine de sécurité nationale, à trois semaines du sommet Trump-Xi.

Trump/Xi-Jinping

En février, c'étaient des entreprises qui portaient la charge. OpenAI avait transmis un mémo au Congrès accusant DeepSeek de distiller ses modèles via des proxys masqués. Anthropic avait nommé trois laboratoires chinois responsables de 16 millions d'échanges frauduleux avec Claude. Mercredi 23 avril, c'est la Maison-Blanche qui a repris le dossier à son compte.

Des plaintes privées à la doctrine d'État

Le mémo, signé par Michael Kratsios, directeur du Bureau de la politique scientifique et technologique (OSTP), porte la référence NSTM-4. Il est adressé à l'ensemble des départements et agences fédéraux. Le titre ne laisse aucune ambiguïté : « Distillation adverse des modèles d'IA américains. »

Le texte reprend les accusations que les labos américains portent depuis deux mois. OpenAI avait identifié des comptes liés à DeepSeek utilisant des routeurs tiers pour masquer l'origine des requêtes. Anthropic avait documenté environ 24 000 comptes frauduleux, créés par DeepSeek, MiniMax et Moonshot AI. Le mémo OSTP ne cite aucune entreprise nommément. Il parle d'« entités étrangères, principalement en Chine ».

Concrètement, Washington s'engage à partager du renseignement avec les entreprises d'IA américaines sur les tentatives de distillation. L'idée est calquée sur les modèles de partage utilisés en cybersécurité. OpenAI, Anthropic et Google avaient d'ailleurs commencé à mutualiser leurs alertes dès début avril via le Frontier Model Forum. L'État officialise cette coopération et promet d'explorer des « mesures de responsabilisation ».

Mais le mémo reste un texte politique, pas un décret. Aucune sanction, aucun ajout à la liste noire du Commerce, aucune mesure coercitive n'a été annoncée mercredi.

Le calendrier diplomatique derrière le calendrier technologique

Le mémo atterrit trois semaines avant le sommet Trump-Xi, prévu le 14 mai à Pékin. Initialement programmé fin mars, il avait été reporté. La distillation rejoint donc la liste des griefs américains aux côtés des exportations de puces et de la contrefaçon de semi-conducteurs. Le Congrès avance en parallèle : le représentant Bill Huizenga a déposé le 15 avril le « Deterring American AI Model Theft Act » (H.R. 8283), qui prévoit des sanctions contre les entités pratiquant la distillation non autorisée.

Le problème juridique reste entier. La distillation consiste à entraîner un modèle plus petit sur les réponses d'un modèle plus grand. Apple a obtenu contractuellement le droit de faire exactement cela avec Gemini de Google. La technique elle-même n'est pas illégale. Ce qui pose problème, c'est l'accès non autorisé, via des comptes frauduleux et des techniques de contournement. Le cadre juridique actuel ne couvre pas clairement ce cas de figure.

Washington parie sur le fait que nommer publiquement la menace suffira à peser dans la négociation. L'efficacité de la manœuvre se mesurera le 14 mai, pas avant.

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