Devant les employés réunis au Steve Jobs Theater, Tim Cook a listé ses erreurs. La manœuvre n'a rien de spontané.

L'exercice avait quelque chose de théâtral. Mardi, au Steve Jobs Theater, Tim Cook a pris place face aux salariés d'Apple. Un town hall organisé au lendemain de l'annonce de son départ. À ses côtés, John Ternus, l'homme qui prendra les commandes le 1er septembre. Bloomberg a publié de nouveaux détails sur cette prise de parole, et ce qui en ressort ressemble moins à un adieu qu'à une passation soigneusement mise en scène.
Plans, une liste « extraordinaire » d'erreurs, et pourtant aucun rappel produit
Cook a commencé par là où peu de patrons commencent : ses ratés. Apple Plans, lancé en 2012 dans un état que les utilisateurs n'ont pas oublié, a été désigné comme sa « première vraie grosse erreur ». Le produit n'était pas prêt, mais les tests internes, trop focalisés sur des données locales, n'avaient pas révélé l'ampleur du problème. Cook a reconnu que sa liste d'erreurs serait « extraordinaire en longueur ». On imagine la salle sourire poliment en pensant au AirPower ou au clavier papillon.
La nuance est venue juste après (et c'est là que le calcul se révèle). L'entreprise a largement évité les rappels produits et les annulations qui ont frappé d'autres constructeurs au cours des quinze dernières années. Le fiasco Plans « a fini par devenir une expérience précieuse ». L'aveu est calibré au millimètre. Cook nomme l'échec, mais rappelle immédiatement que le bilan global reste exceptionnel.
Le départ de Cook n'est pas une surprise. Dès janvier, la supervision du design confiée à Ternus envoyait un signal clair. Cook restera président exécutif du conseil d'administration et a assuré qu'il comptait « rester dans ce nouveau rôle longtemps ». Ternus, de son côté, a promis aux employés qu'Apple « s'apprête à changer le monde une nouvelle fois ». Le genre de phrase qui, dans la bouche d'un futur directeur général, sonne autant comme une promesse que comme un engagement contractuel.
Le vrai legs de Cook n'est pas celui qu'on croit
En admettant ouvertement ses erreurs, Cook fait quelque chose de très précis. Il humanise la transition. Il abaisse la barre symbolique pour son successeur. Le message implicite aux salariés est limpide : le CEO parfait n'existe pas, et celui qui arrive n'a pas besoin de l'être pour réussir.
Mais le moment le plus révélateur du town hall n'est pas venu d'un aveu d'échec. Cook a évoqué la première fois qu'il a reçu un courriel d'un utilisateur dont la vie avait été sauvée par l'Apple Watch. Le dirigeant a reconnu que ce message l'avait « particulièrement touché ». Il en reçoit désormais quotidiennement.
Ce choix dit tout sur le legs que Cook veut laisser. Pas celui du gestionnaire qui a fait passer la capitalisation d'Apple de 350 milliards à plus de 3 600 milliards de dollars. Pas celui du maître de la chaîne logistique (son vrai métier d'origine, pourtant). Celui de l'homme qui a mis la santé au poignet de millions de personnes. L'Apple Watch reste le seul produit entièrement né sous l'ère Cook, de la conception au lancement. Ni l'iPhone, ni le Mac, ni l'iPad ne lui appartiennent. La montre, si.
Cook a aussi souligné la valeur des erreurs passées comme moteur d'apprentissage. Le discours est rodé, presque trop lisse. Mais il remplit sa fonction. Le dirigeant sortant ne quitte pas la scène en défendant un bilan immaculé. Il part en montrant ses failles, ce qui rend la suite moins intimidante pour celui qui prend le relais.
Le charisme de Jobs, la rigueur de Cook, l'ingénierie de Ternus. Trois chapitres, une même entreprise, et un deuxième qui se referme sur une confession dont chaque mot a été pesé.