Le solaire a tout emporté en 2025, le charbon a plié. Mais entre la Chine qui accélère et les centres de données IA qui dévorent les watts, cette bascule historique pourrait avoir la vie courte.

Et vous pouvez remercier la Chine et l'Inde pour ça. Central photovoltaïque, Yuxian, Zhangjiakou, Chine © Shutterstock
Et vous pouvez remercier la Chine et l'Inde pour ça. Central photovoltaïque, Yuxian, Zhangjiakou, Chine © Shutterstock

Il faut remonter à 1919 pour trouver un précédent. À l'époque, l'électricité mondiale tenait dans un mouchoir de poche et le charbon n'avait pas encore écrasé la concurrence. Un siècle plus tard, le rapport s'est inversé. Le think tank britannique Ember a publié ce 21 avril son Global Electricity Review 2026, basé sur les données de 215 pays. Le verdict : en 2025, les renouvelables ont atteint 33,8 % de la production électrique mondiale. Le charbon est tombé à 33 %. Bloomberg confirme le croisement historique. L'Agence internationale de l'énergieconfirme la tendance dans son propre rapport. Elle qualifie la hausse du solaire photovoltaïque de « plus forte jamais observée pour une source d'énergie ».

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Le solaire absorbe la totalité de la hausse de la demande

Le chiffre, le voici : 75 %. C'est la part de la croissance mondiale de la demande d'électricité couverte par le solaire seul en 2025. En ajoutant l'éolien, on atteint 99 %. Autrement dit, la totalité de l'appétit électrique supplémentaire de la planète a été satisfaite par deux sources propres. La production solaire a bondi de 636 TWh sur un an, soit une hausse de 30 %.

Ce qui rend ce chiffre différent des précédents, c'est le contexte. La production fossile a reculé de 0,2 % en 2025. C'est seulement la cinquième fois depuis l'an 2000 que ce recul se produit. Les quatre fois d'avant coïncidaient avec des crises économiques ou la pandémie. Cette fois, la demande mondiale a progressé de 2,6 %. C'est la montée des renouvelables qui a poussé le charbon vers le bas, pas un effondrement de l'activité. La nuance est capitale.

Le charbon a perdu 63 TWh de production sur l'année. Le gaz a légèrement progressé (+36 TWh, +0,5 %), sans compenser le recul. Ember estime que sans la croissance du solaire et de l'éolien depuis 2000, la production fossile serait aujourd'hui 30 % plus élevée. Trente pour cent. Sur l'ensemble de la planète.

Et puis il y a les batteries. Leurs coûts ont chuté de 20 % en 2024, puis de 45 % en 2025 (oui, quarante-cinq). Le déploiement a bondi de 46 %. Le monde a installé assez de capacité de stockage pour déplacer 14 % de la production solaire vers d'autres heures que le pic de midi. Le solaire ne s'éteint plus à la tombée du jour. Pas complètement, en tout cas.

La surprise géopolitique : Pékin et New Delhi mènent la transition

Voilà où ça devient contre-intuitif. Les deux pays que l'Occident pointe du doigt pour leurs émissions sont précisément ceux qui font basculer le mix mondial.

La Chine a représenté plus de la moitié de la croissance solaire mondiale en 2025. La part de l'éolien et du solaire dans son mix électrique atteint 22 %, dépassant la moyenne des pays de l'OCDE (20 %). Sa production fossile a reculé de 56 TWh. Le paradoxe est saisissant. Pékin produit les panneaux, consomme du charbon pour les fabriquer, et réduit malgré tout sa dépendance aux fossiles en bout de chaîne.

L'Inde suit une trajectoire comparable. Sa croissance de production renouvelable a doublé son précédent record annuel. Le pays a installé plus de nouvelles capacités solaires que les États-Unis pour la première fois de son histoire. Sa production fossile a baissé de 52 TWh. L'été dernier, le solaire avait pourtant battu un record historique en Europe en juin. Mais le continent n'a pas su capitaliser sur cette dynamique à l'échelle de l'année.

Côté occidental, le tableau est moins flatteur. Aux États-Unis, les sources propres n'ont pas suffi à couvrir la hausse de la demande. La production fossile y a donc augmenté. Même outre-Atlantique, l'éolien et le solaire avaient pourtant dépassé le charbon en 2024. Mais l'appétit du pays repart plus vite que ses installations propres ne poussent. Dans l'Union européenne, charbon et gaz ont légèrement progressé pour compenser des baisses de l'éolien et de l'hydraulique. Les renouvelables ont dépassé le charbon dans toutes les régions du monde, sauf en Asie.

Les datacenters IA, l'invité que personne n'avait prévu au banquet

Les véhicules électriques pèsent désormais dans l'équation. Ember chiffre leur contribution à la demande d'électricité à 66 TWh en 2025, contre 36 TWh un an plus tôt. Les VE représentent plus de 25 % des ventes automobiles mondiales. Cette électrification-là, les renouvelables savent l'absorber.

La menace vient d'un tout autre convive. L'entraînement d'un seul grand modèle de langage consomme autant d'énergie qu'une petite ville pendant un an. Chaque requête à un chatbot IA nécessite plus d'énergie qu'une recherche classique, même si les chiffres exacts varient d'une étude à l'autre. Et la demande ne fait que croître. Aux États-Unis, l'État du Maine a déjà adopté des lois interdisant la construction de datacenters dans certaines zones. Près de la moitié de ceux prévus pour 2026 outre-Atlantique auraient été annulés ou repoussés.

Ember résume la situation autrement. Le monde est entré dans l'ère de la croissance propre. Si le rythme d'installation solaire se maintient, les fossiles amorceront un déclin structurel (qu'un choc éxogene comme la guerre en cours au Moyen-Orient ne peut qu'accélérer). Si l'appétit numérique explose plus vite que prévu, l'avance des renouvelables pourrait fondre aussi vite qu'elle s'est construite.