L'Union européenne confirme la mise à disposition prochaine de son application de vérification d'âge. La France figure parmi les sept premiers États à l'intégrer. Un arbitrage majeur en toile de fond : faut-il vérifier l'âge côté service ou côté appareil ?

Ursula von der Leyen l'a annoncé en conférence de presse le 15 avril. L'application européenne de vérification d'âge est désormais « techniquement prête », a dit la présidente de la Commission. Sept États s'apprêtent à l'intégrer dans leur portefeuille numérique national : Irlande, Espagne, France, Chypre, Danemark, Grèce et Italie. L'app reprend les spécifications techniques de l'identité numérique européenne, attendue pour fin 2026. Les géants américains, eux, continuent de pousser leur propre modèle alternatif.
Sept États, un standard à divulgation nulle
Le calendrier se précise depuis plusieurs mois. Le pilote avait été lancé en juillet 2025 dans cinq pays : Danemark, France, Grèce, Italie et Espagne. Deutsche Telekom et Scytáles avaient remporté le marché européen en février 2025 pour développer le composant technique. L'annonce du 15 avril élargit la liste à l'Irlande et à Chypre. Sept États sont désormais engagés dans le déploiement.
L'architecture repose sur des preuves à divulgation nulle de connaissance. L'utilisateur prouve qu'il a plus de dix-huit ans sans révéler son identité ni sa date exacte. Chaque session génère jusqu'à trente credentials anonymes valides trente jours, consommables par lecture de QR code sur le site d'accueil. Le même justificatif ne peut être utilisé par deux plateformes différentes. Le logiciel est open source, basé sur les spécifications de l'EUDI Wallet, le portefeuille d'identité numérique européen attendu pour fin 2026.
En France, le dispositif se greffera logiquement sur l'écosystème défini par l'Arcom. Le régulateur avait imposé dès 2024 un référentiel de « double anonymat ». Le principe rejoint celui de Bruxelles : ni le site visité, ni le tiers vérificateur ne doivent pouvoir reconstituer l'identité de l'internaute. Plusieurs sites pornographiques ont déjà été sommés de s'y conformer. Les mises en conformité ont été partielles, avec des départs spectaculaires, dont celui du groupe Aylo (Pornhub, YouPorn, Redtube). Le test grandeur nature se poursuit avec les sites adultes invités à rejoindre la phase pilote.
Bruxelles contre Apple et Meta : deux modèles de vérification, un arbitrage à trancher
Le choix technique fait par Bruxelles est aussi un choix politique. L'app européenne oblige les plateformes à intégrer une vérification côté service, via un tiers souverain et open source. Le modèle inverse, poussé par Apple, Meta et plusieurs sites pornographiques, repose sur une vérification côté appareil. Dans cette logique, c'est le téléphone qui atteste que l'utilisateur est majeur, via un compte Apple, Google ou un fournisseur tiers. Apple l'a déjà déployé au Royaume-Uni dans le cadre de l'Online Safety Act britannique.

Mark Zuckerberg et les dirigeants d'Aylo ont publiquement défendu cette approche. Leur argument : déplacer la charge vers Apple et Google simplifie la conformité et réduit la friction utilisateur. L'Europe voit le problème sous un autre angle. Elle craint une captation de la souveraineté de vérification par deux systèmes d'exploitation américains. L'app UE vise à rendre le contrôle indépendant des géants américains, logé dans un portefeuille ouvert que chaque État membre peut personnaliser.
La version Android de l'app européenne s'appuie actuellement sur l'API Google Play Integrity. Clubic a documenté la controverse : dépendance à un composant propriétaire de Google, fermeture aux appareils Android sans services Google Mobile Services. Des alternatives comme Yivi, éditée aux Pays-Bas, tournent sans cette dépendance. La Commission n'a pas encore tranché publiquement sur cette brique critique. Pour les utilisateurs, l'arrivée concrète de l'app ouvrira un test réel, sur la promesse de double anonymat.