Des fédérations d'annonceurs allemands exigent une sanction massive contre Apple. En ligne de mire : le dispositif antipistage de l'iPhone, accusé de verrouiller le marché publicitaire au profit de son créateur.

Suivi des apps (ATT), iOS © Naïm BADA
Suivi des apps (ATT), iOS © Naïm BADA

Le mécanisme de transparence du suivi applicatif (ATT), lancé en 2021 par Apple, demande votre accord avant qu'une application ne vous piste. Ce bouclier, simple en apparence, est devenu un champ de bataille juridique majeur en Europe. L'Allemagne, qui s'était déjà rangée du côté de Meta face à Apple, pourrait cette fois frapper la firme au portefeuille.

Que réclament les annonceurs allemands à Apple et pourquoi

En décembre 2025, Apple avait tenté de calmer le jeu. La firme avait proposé au Bundeskartellamt, l'autorité fédérale de la concurrence, plusieurs ajustements à son dispositif ATT. Au menu : des fenêtres de consentement au libellé plus neutre et un processus simplifié pour les développeurs.

Trois mois plus tard, la réponse des acteurs du secteur est sans appel. La Fédération allemande de la publicité, l'Association des industries de marque et plusieurs agences média ont cosigné un courrier commun. Leur verdict : ces modifications ne changent rien au problème de fond. Apple resterait, selon eux, le « gardien des données ». La firme continuerait de décider seule qui accède aux informations publicitaires, et selon quelles conditions.

Ces organisations demandent au régulateur de rejeter les propositions d'Apple et de lui infliger une amende. Le risque financier est considérable : le droit allemand prévoit des sanctions pouvant atteindre 10 % du chiffre d'affaires annuel. Pour Apple, cela représenterait plusieurs dizaines de milliards de dollars. Des campagnes de pression intenses s'exercent déjà des deux côtés pour peser sur l'issue de cette procédure.

Vie privée ou avantage concurrentiel : le vrai dilemme derrière ATT

Le nœud du problème ne réside pas dans le principe même d'ATT. Peu de voix s'élèvent pour contester le fait de demander le consentement des utilisateurs. Le grief central est ailleurs : les applications d'Apple ne sont pas soumises aux mêmes contraintes que celles des développeurs tiers.

Concrètement, quand vous ouvrez une application tierce sur iPhone, ATT vous demande si vous acceptez d'être pisté. Mais les services intégrés d'Apple (Plans, Siri, iMessage) collectent des données sans passer par cette même étape. Apple affirme s'imposer un niveau d'exigence plus élevé que celui demandé aux développeurs. Les annonceurs y voient un avantage concurrentiel déguisé en vertu.

Ce n'est pas la première fois que ce traitement à deux vitesses est pointé du doigt. En France, Apple a réussi à défendre son dispositif. Cela ne l'a pas empêché d'écoper de 150 millions d'euros d'amende pour des pratiques liées à ATT. L'Allemagne pourrait se montrer bien plus sévère.

Apple, de son côté, dénonce une tentative de l'industrie publicitaire d'obtenir un accès illimité aux données personnelles. La firme présente ATT comme un droit fondamental de ses utilisateurs.

Le problème, c'est que défendre la vie privée et verrouiller un marché ne sont pas mutuellement exclusifs.