Le Soleil s'est montré avec un teint de porcelaine ce 22 février ; notre astre roi affiche une surface complètement lisse et dénuée de ses zones magnétiques sombres qui font trembler nos réseaux électriques. Notre étoile se prépare-t-elle à sa grande hibernation prévue pour l'année 2030 ?

Depuis qu'il est entré dans son 25ème cycle en décembre 2019, notre Soleil a fait des siennes, particulièrement depuis 2022. Le nombre de taches solaires a commencé à doubler les prévisions de la NASA presque chaque mois. C'est à ce moment-là que les scientifiques ont compris que ce cycle ne serait pas calme comme le précédent, mais potentiellement l'un des plus actifs du siècle.
En 2024, il nous a balayés de toutes ses forces d'une tempête géomagnétique surpuissante, suivie, quelques mois plus tard, d'une gigantesque éruption solaire. De splendides aurores boréales avaient drapé le ciel jusqu'à des latitudes très basses, puisqu'elles étaient même visibles en France. Au mois de janvier 2026, une violente tempête de radiations solaires a frappé la Terre… Bref, notre astre nous a bien fait comprendre sa colère, et même si cela ne représente aucun danger pour l'organisme humain au sol, ces manifestations impactent fortement les réseaux électriques et les satellites.
Pourtant, il y a trois jours, notre belle étoile semble s'être calmée. Pour la première fois depuis 1 355 jours, son disque est apparu pur, sans taches. C'est une coïncidence d'ailleurs assez cocasse, même si cela n'a rien à voir avec l'aspect actuel de notre étoile. En effet, le laps de temps écoulé est quasiment identique à celui compris entre le début officiel du cycle et le mois de septembre 2023, période durant laquelle l'activité solaire a commencé sa montée fulgurante vers le maximum que nous venons de traverser. Est-ce le signe que nous approchons de la fin du 25ème cycle, comme les prévisions l'attendaient, ou au contraire, une petite pause avant une nouvelle phase de turbulences encore plus intenses ?
Peau de bébé pour le Soleil : notre étoile s'offre un lifting intégral
Si nous pouvions comparer le Soleil à un objet, il serait une immense dynamo de plasma dont les entrailles sont parcourues par des lignes de champ magnétique ultra-puissantes. Par moments, ces lignes de force deviennent si denses qu’elles exercent une force d'opposition mécanique au mouvement du plasma. Celle-ci bloque la convection de la chaleur interne de l'astre, qui, piégée dans ses profondeurs, ne peut plus remonter vers la surface.
C'est ce phénomène qui forme les taches solaires, des régions où le transfert d'énergie est entravé, les rendant plus « froides » que le reste de la photosphère (environ 3 500 °C contre 5 500 °C ailleurs). C’est ce différentiel de température qui les rend sombres à l'œil nu lorsqu'on les observe au télescope.
Si son disque est vierge aujourd'hui, cela ne signifie pas pour autant que son champ magnétique aurait subitement disparu, mais qu'il ne perce plus la photosphère sous forme de faisceaux. Un phénomène que l'on peut aisément visualiser en imaginant les forces magnétiques de notre étoile comme un vaste écheveau de cordes élastiques immergées sous la surface. Lorsque l'activité est à son comble, ces cordes s'entortillent à cause de la rotation différentielle de l'astre (le Soleil tournant plus vite à l'équateur qu'aux pôles) jusqu'à ce que la tension soit telle que des boucles magnétiques finissent par passer à travers sa surface.
Doit-on comprendre que le Soleil entre dans une phase plus calme ? Pas si vite. Si cette accalmie a duré quarante-huit heures, certains des observateurs les plus acharnés ont déjà repéré une nouvelle zone active qui pointe le bout de son nez sur le limbe Est.
N'oublions pas non plus que notre astre est une sphère : des monstres magnétiques peuvent très bien être en train de bouillonner sur la face cachée, hors de portée des capteurs de nos satellites de surveillance. Néanmoins, nous ne pouvons pas encore affirmer que le grand fracas du 25ème cycle est derrière nous. Si ce calme devait durer, ce serait un répit pour nos systèmes électriques et nos satellites, mais il pourrait tout aussi bien repartir de plus belle dès la semaine prochaine.

Cap sur 2030 : le Soleil va se calmer
Si l'on regarde la ligne d'horizon de cette décennie, l'année 2030 sera celle du retour au calme : le minimum solaire. La fureur de notre étoile déclinera et ses ardeurs vont progressivement se faire plus rares. Cette phase est, dans la majorité des cas, plus longue que la phase ascendante. C’est un lent processus d'apaisement où les gigantesques archipels de taches solaires vont se fragmenter et se raréfier, laissant place à de vastes étendues de photosphère immaculée.
Pour mesurer la progression de cet apaisement, les astronomes utilisent un indicateur très fiable : le nombre de jours où le Soleil apparaît totalement vierge, comme ce fut le cas cette semaine. Plus ils se rapprochent les uns des autres dans le calendrier, plus le cycle perd en intensité.
Lors de son précédent minimum (entre 2018 et 2020), le Soleil était apparu sans la moindre tache pendant un total cumulé de plus de 700 jours : ce fut l'un de ses sommeils les plus profonds de l'histoire moderne. Ces deux petites journées de calme plat que nous venons de traverser ne sont presque rien en comparaison, mais sont bien la preuve que nous avons officiellement quitté le plateau enragé du maximum solaire pour entamer la longue glissade vers 2030.
Même si le risque de voir des tempêtes solaires enragées et autres épisodes tumultueux est réduit durant cette période, cela ne garantit en rien, encore une fois, que notre astre restera endormi. Notons toutefois que ce disque immaculé qui est apparu cette semaine aura été l'exception ultime de ce cycle, qui nous en aura fait voir de toutes les couleurs…. surtout des rouges et des vertes pour les plus chanceux qui ont admiré les aurores boréales danser au-dessus d'eux.
Source : Space.com