Microsoft Research vient de publier les résultats de son projet Silica : un disque de verre de 120 mm gravé au laser femtoseconde, 4,8 To sur 301 couches. Durée de vie estimée à 10 000 ans. Ni fonte, ni rouille, ni démagnétisation.
Ce n'est pas un disque dur, pas une clé USB. Silica est une technologie d'archivage froid, pensée pour les datacenters qui doivent garder des données pendant des décennies sans y toucher, archives légales, médicales, culturelles, sauvegardes profondes des grands services cloud. Aujourd'hui, les exploitants de datacenters utilisent des bandes magnétiques pour ça, mais ces bandes se dégradent en quelques années. Les équipes doivent alors migrer les données vers de nouveaux supports, un process coûteux en énergie, en matériel, en temps.
Lancé en 2019 avec une première preuve de concept, le film Superman de Warner Bros. gravé sur du verre, le projet Silica de Microsoft Research publie aujourd'hui dans la revue Nature ses résultats complets. Une plaque de 120 mm sur 2 mm d'épaisseur stocke jusqu'à 4,8 To sur 301 couches. Le verre ne fond pas, ne rouille pas, ne se démagnétise pas. Les données, gravées sous forme de voxels en trois dimensions, se lisent par microscopie optique à champ large et se décodent par un réseau neuronal convolutif. Toute la chaîne, écriture, lecture, décodage, fonctionne en automatique.
Du verre de four plutôt que du quartz de laboratoire
Jusqu'ici, Microsoft ne pouvait graver des données que dans de la silice fondue de très haute pureté, un verre cher et fourni par un nombre limité de fabricants. Les chercheurs annoncent dans Nature que les voxels de phase, une nouvelle méthode qui agit sur l'indice de réfraction du verre plutôt que sur sa polarisation, fonctionnent dans du verre borosilicaté ordinaire.
Le même que celui des plats Pyrex et des vitres de four. Moins dense, certes : 2 To par plateau au lieu de 4,8. Mais les équipes n'ont besoin que d'un seul modulateur par ligne de faisceau, d'une seule caméra par lecteur au lieu de trois ou quatre, et de dispositifs d'écriture bien plus simples à fabriquer et à calibrer. Comme l'indique Microsoft dans son communiqué, ce passage fait sauter deux verrous à la commercialisation, le coût et la disponibilité du support. Le borosilicaté se produit à l'échelle industrielle partout dans le monde.

Quatre faisceaux simultanés, et bientôt seize
Puisque les voxels de phase ne nécessitent qu'une seule impulsion laser par voxel, les chercheurs ont pu pousser l'écriture en parallèle beaucoup plus loin. Avec un seul faisceau, le débit atteint 25,6 Mbit/s. Avec quatre faisceaux simultanés, les chercheurs montent à 65,9 Mbit/s, sans endommager le support.
Les simulations indiquent qu'une écriture avec 16 faisceaux ou plus devrait être possible. Pour un système d'archivage industriel qui doit ingérer des volumes massifs de données, c'est ce levier qui conditionne le passage à l'échelle bien plus que la densité par plateau.
Pourtant, ni Microsoft ni les chercheurs ne donnent le moindre chiffre sur ce que coûterait un tel déploiement par rapport aux solutions d'archivage sur bande magnétique actuelles. Car le devis peut vite chiffrer.
