Le créateur de Doom et Quake vient de suggérer de remplacer vos barrettes de RAM par un câble de fibre optique de 200 kilomètres. L'objectif : alimenter les accélérateurs d'intelligence artificielle sans interruption, en utilisant la lumière comme mémoire vive.

John Carmack n'est pas du genre à lancer des idées en l'air pour faire le buzz. Quand le cofondateur d'id Software et ancien directeur technique d'Oculus tweete, l'industrie tech tend l'oreille. Ce dernier a publié un calcul qui a fait tourner les têtes : avec une fibre optique monomode capable d'atteindre 256 térabits par seconde sur 200 kilomètres, on obtient 32 gigaoctets de données « en vol » dans le câble, avec une bande passante de 32 téraoctets par seconde. Carmack propose d'utiliser cette boucle de fibre comme un cache L2 géant pour nourrir les accélérateurs d'IA. La DRAM classique ne serait plus qu'un simple tampon, voire carrément superflue.
Un concept recyclé des années 1950
L'idée paraît futuriste, mais elle ressuscite en réalité un procédé des premiers ordinateurs : la mémoire à ligne à retard. Dans les années 1940-1950, les ingénieurs stockaient des données sous forme d'ondes sonores dans des tubes de mercure. Le principe était simple : l'information circulait en boucle dans le médium, accessible à chaque passage. Alan Turing lui-même avait proposé d'utiliser un mélange de gin comme alternative au mercure, jugé trop instable.

Carmack transpose cette logique à la fibre optique moderne, où les impulsions lumineuses remplacent les ondes acoustiques. Les poids des modèles d'IA peuvent être lus séquentiellement pour l'inférence et presque séquentiellement pour l'entraînement, ce qui colle parfaitement à cette architecture en boucle. Sur le papier, l'avantage principal tient à l'économie d'énergie : maintenir la DRAM active consomme énormément, alors que gérer de la lumière requiert bien moins de puissance.
Un exercice intellectuel plus qu'un projet viable
Soyons francs : personne ne va enrouler 200 kilomètres de fibre dans votre boîtier PC demain matin. Le coût seul d'un tel câblage rendrait l'opération absurde, sans compter l'encombrement. Les amplificateurs optiques et les processeurs de signal numérique nécessaires pour maintenir l'intégrité des données grignoterait une partie des gains énergétiques promis. Elon Musk, jamais en reste, a même suggéré d'utiliser le vide spatial comme médium (bonjour les lasers orbitaux), confirmant que le débat relevait davantage de la pensée spéculative que de l'ingénierie concrète.
Carmack lui-même a évoqué une piste bien plus pragmatique dans son fil de discussion : connecter massivement des puces de mémoire flash directement aux accélérateurs, en soignant la synchronisation. Cette approche existe déjà dans plusieurs projets de recherche comme Behemoth, FlashGNN ou l'Augmented Memory Grid. La Chine, qui vient d'activer 55 000 kilomètres de fibre optique avec son réseau CENI, démontre que la fibre peut effectivement servir l'IA à grande échelle, mais pour de la transmission de données entre centres, pas comme mémoire locale.
Source : Tom's Hardware