Gemini et ChatGPT ont des stratégies opposées dans leurs sources d'information. Le dernier baromètre Havas Market, publié ce lundi, révèle les vraies disparités entre les deux IA concurrentes, notamment sur leurs sources.

Derrière leurs interfaces conversationnelles, Gemini et ChatGPT cachent des moteurs informationnels aux philosophies radicales. L'un diversifie ses sources entre expertise et pédagogie, l'autre fait une quasi-monoculture médiatique. La troisième édition du baromètre AI Brand Tracker d'Havas Market, publiée ce lundi 9 février, nous livre des détails sur cette fracture algorithmique. Douze secteurs ont été passés au crible et 11 000 réponses analysées, avec des résultats qui, vous allez le voir, dessinent une nouvelle carte de la visibilité en ligne.
Gemini rééquilibre ses sources entre expertise et contenus éditoriaux
Entre septembre 2025 et janvier 2026, Google Gemini a rebattu les cartes de la visibilité. Les sites officiels des marques et entreprises, qui représentaient 46% des sources citées dans les réponses, ont perdu du terrain pour tomber à 35%. Dans l'automobile, la finance ou l'énergie, Gemini continue de puiser chez les acteurs du secteur, mais sans plus leur accorder le monopole de la parole.
Dans le même temps, les sites media progressent et passent de 23% à 29% des sources. Cette poussée concerne surtout la tech, la cuisine, le ciné et les voyages. Logique, puisque pour choisir un restaurant ou un film, un guide comme Marmiton ou Allociné apporte souvent plus de réponses concrètes qu'un site de marque. Gemini l'a compris et fait désormais confiance à ces références éditoriales.
Les sites institutionnels grimpent aussi dans les réponses, de 17% à 23%. Pour les questions de santé, d'immobilier ou d'énergie, Gemini s'appuie sur les références officielles, à savoir Service-public.fr, Ameli, et Economie.gouv.fr. La crédibilité administrative fait la différence. Les sites de distributeurs, eux, restent discrets à 14%, sauf dans le bricolage et la mode où Leroy Merlin devient une source incontournable pour comparer les produits.
ChatGPT mise sur le journalisme et l'éditorial
De son côté, ChatGPT fait un tout autre pari. Dans le détail, 70% de ses sources proviennent de sites d'information, de tutoriels ou de guides. Dans la tech, le bricolage, la mode ou l'auto, ce chiffre grimpe même à 90%. Qu'il s'agisse de Wikipédia, YouTube ou des magazines spécialisés, l'assistant d'OpenAI puise quasi exclusivement dans un univers éditorial grand public, accessible à tous.
Alors face à ce raz-de-marée éditorial, les autres sources s'effondrent, presque logiquement. Les sites des marques et entreprises ne représentent plus que 18% des sources, les sites officiels publics seulement 5%, et les distributeurs 7%. Concrètement, si vous demandez à ChatGPT des infos sur l'énergie, il vous orientera vers un article du Monde ou une vidéo YouTube, plutôt que vers la plateforme d'EDF ou un site gouvernemental.
Tout cela change des choses pour les entreprises. Comme l'explique Nathalie Bajeux, d'Havas Media Network et CEO d'Havas Market, « les assistants LLM redessinent en profondeur la chaîne de visibilité des marques. Ce ne sont plus les plus connues qui émergent, mais celles dont les contenus sont jugés légitimes, exploitables et crédibles par les modèles conversationnels. Pour les marques, l'enjeu n'est plus seulement d'être visibles sur le web, mais d'être comprises et recommandées par l'IA. » En clair, apparaître en tête sur Google ne garantit plus rien. Les marques doivent désormais penser des contenus adaptés spécifiquement à chaque IA, sous peine de disparaître des radars conversationnels.