Deux fiascos publics n’ont pas calmé Amazon. Le groupe met désormais en avant son Studio IA, lancé à l’été 2025, pour proposer ses outils d’IA à toute l’industrie des films et séries. Objectif affiché : produire plus vite, pour moins cher.

Créatifs travaillant en post-production vidéo - © Shutterstock
Créatifs travaillant en post-production vidéo - © Shutterstock

En février 2026, Amazon MGM Studios détaille sa stratégie : une équipe dédiée, baptisée « AI Studio », doit fournir des outils maison aux réalisateurs et producteurs, bien au‑delà du seul catalogue Prime Video. Une bêta fermée démarre en mars, avec premiers retours attendus en mai, auprès de partenaires triés sur le volet. Pour comprendre cette décision, il faut revenir à la fois à la flambée des coûts de production… et aux récents ratés d’Amazon avec l’IA côté spectateurs.

Amazon sort son « AI Studio » de l’ombre

L’AI Studio n’est pas nouveau, mais il change d’échelle : après une phase discrète en interne depuis l’été 2025, Amazon veut en faire un outil pour les studios hollywoodiens. La mission est claire : combler ce « dernier kilomètre » entre les modèles d’IA grand public et les besoins très précis des créateurs, du repérage virtuel au montage. Les cas d’usage avancés restent en coulisses : assurer la cohérence des personnages d’un plan à l’autre, accélérer certaines tâches d’effets visuels, mieux intégrer les logiciels professionnels déjà utilisés sur les plateaux.

Pour séduire l’industrie, Amazon insiste sur deux points sensibles : la propriété intellectuelle et la confidentialité des contenus générés. Les séquences issues de l’IA doivent rester isolées et protégées, loin des outils grand public qui inquiètent les studios. Le tout repose bien sûr sur l’infrastructure AWS, avec plusieurs modèles de langage au choix pour les équipes, selon leurs projets.

La série « House of David » sert de vitrine. Pour la saison 2, le réalisateur Jon Erwin a recours à un flux de travail hybride, mêlant tournage réel et IA pour des scènes de bataille et de foule. Les différents témoignages évoquent plus de 350 plans générés par IA sur la saison, parfois jusqu’à 400, afin de réduire coûts et contraintes logistiques.

Après les ratés publics, un repositionnement en coulisses

Le contraste est frappant avec les expériences récentes d’Amazon côté grand public. Début 2026, le groupe retire en urgence ses résumés vidéo générés par IA sur Prime Video, après des descriptions complètement à côté de la plaque pour la série « Fallout ». Quelques semaines plus tôt, les doublages d’animés produits par IA avaient déclenché une levée de boucliers, au point que la plateforme a dû les retirer tout aussi vite.​

Dans ces deux cas, l’IA intervenait en bout de chaîne, directement visible pour l’abonné, et son manque de fiabilité a explosé au grand jour. Cette fois, Amazon change clairement de stratégie : l’algorithme se déplace en amont, dans les outils de fabrication, loin de l’écran… mais au cœur des métiers. Le message officiel est rassurant : des humains resteront impliqués à chaque étape du processus créatif, l’IA étant présentée comme un assistant plutôt qu’un remplaçant.

Depuis l’automne, Amazon vise jusqu’à 30 000 suppressions de postes corporate, dont une partie touche les équipes contenus, sur fond de promesse d’« efficacité » portée par l’IA et l’automatisation. Pour les syndicats et les créateurs, difficile de ne pas faire le lien entre ces économies et l’arrivée d’outils capables de grignoter une part du travail humain, même si la direction nuance cette causalité dans ses communications.

En repositionnant l’IA derrière la caméra, Amazon essaie de transformer ce qui ressemblait à une succession de gadins visibles en argument de vente pour Hollywood : soit ce studio de production par IA devient un nouveau standard discret de la production, soit il restera comme un énième test grandeur nature d’une technologie qui promet beaucoup plus qu’elle ne délivre.

Source : Reuters