Seuls face à un patient en détresse, deux internes de garde ont consulté ChatGPT pour départager leurs diagnostics. Cette scène, inimaginable il y a quelques années, se banalise dans les hôpitaux français où l'intelligence artificielle s'impose comme une bouée de sauvetage face à la pénurie de personnel et à la surcharge administrative.

Il y a cinq ans, personne n'aurait imaginé confier des éléments de diagnostic ou des comptes rendus médicaux à un assistant conversationnel grand public. Pourtant, l'intelligence artificielle s'invite aujourd'hui dans le quotidien des étudiants en médecine et des praticiens, non par fascination, mais par nécessité. Leur usage s’explique avant tout par la dégradation des conditions de travail et la raréfaction des effectifs hospitaliers.
Dans l'urgence, deux étudiants en médecine font appel à ChatGPT
La scène se déroule lors d'une garde de nuit dans un service d'urgences de la région parisienne. Un étudiant en cinquième année se retrouve avec un autre interne face à un patient présentant des troubles cardiaques. L'homme ne parle pas français, son état se dégrade et les deux jeunes médecins penchent pour des diagnostics différents. En attendant qu'un supérieur revienne, ils prennent une décision qu'ils jugent eux-mêmes « un peu idiote » avec le recul : consulter ChatGPT pour trancher. Le patient sera finalement sauvé et pris en charge par des praticiens plus expérimentés.
En l'absence d'interprète, l'étudiant dit régulièrement utiliser les chatbots pour communiquer avec des patients étrangers. Contrairement aux anciennes solutions de traduction, ces outils ingèrent des volumes massifs de données médicales et traduisent instantanément les termes spécialisés, et ce quelle que soit la langue, vers le français.
Une de ses camarades affirme quant à elle que la majorité des étudiants dictent désormais leurs rapports à l'IA, évitant ainsi les fautes sur des mots techniques. Elle raconte avoir même vu un chirurgien orthopédique concevoir un formulaire de consultation automatisé qui divisait par deux le temps passé à prendre des notes.
L'IA s'installe progressivement dans les hôpitaux, non sans réticences
Si les étudiants ont massivement adopté l'IA, les hôpitaux avancent plus lentement sur le sujet. Un baromètre d'octobre 2025 révèle que 45 % des agents hospitaliers ne disposent d'aucun outil institutionnel, et un tiers se débrouillent avec leurs propres solutions. Parmi les applications déployées, l'analyse d'imagerie médicale et la rédaction automatique de comptes rendus arrivent en tête. L'hôpital Saint-Joseph de Marseille expérimente même l'IA pour détecter précocement certaines pathologies ou identifier de nouvelles pistes thérapeutiques.
À l’hôpital Fondation Rothschild, la neurochirurgienne Samiya Abi Jaoude observe une ouverture progressive de ses collègues aux outils capables de simplifier leurs journées, malgré des réticences encore fortes liées à d'anciennes habitudes. Grâce à l’assistant médical Tandem Health, déployé notamment dans vingt-huit services de l’hôpital Foch, les médecins peuvent dorénavant se concentrer sur l’échange avec leurs patients. Les comptes rendus sont générés automatiquement et transmis sans délai, leur faisant gagner quelques minutes par consultation, suffisamment pour s'octroyer une courte pause à la mi-journée au milieu d’un rythme particulièrement soutenu.
Le docteur Adrien Vidart, urologue dans le même établissement, fait un constat similaire. L’outil limite les interruptions pendant la consultation et améliore la qualité des échanges avec les patients grâce à une reconnaissance vocale plus fiable que les anciennes dictées. Déjà utilisé lors de près d’un millier de consultations, il permet de récupérer quelques minutes par rendez-vous, limitant ainsi le temps passé sur les tâches administratives.
Source : BFM Tech