Le tribunal administratif de Pau a suspendu le refus du maire de la commune d'Angresse, dans les Landes, d'installer une antenne 5G. La justice donne la priorité à la couverture mobile plutôt qu'aux considérations esthétiques.

Un pylône 5G de 36 mètres de haut qui fait débat, un maire qui dit non, et la justice administrative qui le recadre. L'affaire en question oppose la société Hivory, qui gère les infrastructures passives où SFR installe ses antennes, à la commune landaise d'Angresse, qui refusait l'installation d'un pylône depuis novembre dernier. Dans une décision rendue le 23 janvier 2026, consultée par Clubic, le tribunal administratif de Pau a suspendu le refus de l'édile, qui prétextait défendre et protéger le paysage.
Une antenne 5G au cœur d'un conflit entre couverture mobile et patrimoine
En octobre 2025, la société Hivory, qui autrefois appartenait à Altice, a déposé une déclaration pour installer une station de téléphonie mobile destinée à combler les trous de couverture 4G et 5G de SFR dans le secteur. Le problème, c'est que le terrain se situe dans le périmètre d'un site inscrit, les « Étangs landais Sud », classé depuis 1969. L'architecte des Bâtiments de France rend alors un avis.
Pour le fonctionnaire, ce mât treillis viendrait défigurer « l'un des derniers espaces de transition encore arboré et très champêtre avant le rivage maritime », trop visible depuis la route. Le maire s'engouffre dans la brèche et bloque net le projet le 19 novembre. Une décision apparemment de son point de vue logique pour protéger le paysage landais, sauf qu'elle repose sur une erreur juridique.
Car voilà le hic, l'avis rendu par l'architecte n'a rien de contraignant. Il est purement consultatif. L'édile pouvait parfaitement passer outre, mais il s'est cru à tort obligé de le suivre. Hivory a flairé la faille et en a profité pour saisir le tribunal administratif dès le 9 janvier, avec de solides arguments sur l'urgence à déployer la 5G.
Pour le juge administratif, les obligations de couverture passent d'abord
Le juge des référés n'a pas tergiversé longtemps. L'audience a eu lieu le 22 janvier, et la décision fut rendue le lendemain. Le tribunal a identifié un « doute sérieux » sur la légalité de l'arrêté municipal et suspendu immédiatement son exécution. Car les chiffres parlent d'eux-mêmes : ce pylône permettrait de couvrir 155 personnes en 4G haut débit sur 1,64 km², et 239 personnes en 5G sur 1,67 km².
Derrière, SFR n'a pas d'autre choix que garder le rythme. L'opérateur, ici opérateur d'infrastructure, doit respecter des objectifs draconiens imposés par l'ARCEP, le régulateur des télécoms, qui étaient fixés à 10 500 sites en bande 3,5 GHz d'ici fin 2025, avec une couverture de 98 à 99,6% de la population en très haut débit. Des obligations que SFR peine déjà à tenir, d'où l'urgence reconnue par le juge.
Le maire de la commune d'Angresse dispose désormais de deux mois pour délivrer une autorisation provisoire, tout en devant 800 euros de frais de justice à la société Hivory. Si la décision reste temporaire en attendant le jugement au fond, elle montre que les arguments paysagers seuls ne suffisent plus vraiment à bloquer les antennes-relais.
