Six vols de câbles en cuivre sont constatés chaque jour en France. Ce trafic paralyse certaines communes et infrastructures, piégées par des réseaux sophistiqués qui profitent de l'envolée des cours du métal.

Le passage à la fibre optique, opéré en France par Orange et XpFibre, avance vite et bien, mais il ne sera pas total avant 2030. De nombreux français sont ainsi encore dépendants d'une ligne cuivre pour leur connexion internet, par exemple. En Bretagne, une commune de 1 000 habitants, Les Fougerêts, subit vol sur vol. Et derrière ces malveillances se cache un vrai business international, avec des techniques dignes du narcotrafic, des circuits d'exportation rodés, et surtout un métal rouge qui vaut désormais de l'or.
Orange contraint de reconstruire 2 700 km de lignes à cause du vol de cuivre
Yannick Chesnais en a assez. Le maire des Fougerêts a vu sa commune frappée cinq fois en 18 mois par les vols de cuivre. À chaque larcin de câbles, c'est la connexion Internet qui saute pendant des semaines. « Quand les câbles sont volés, c'est toute une commune qui est coupée du monde », témoigne-t-il chez nos confrères de Ouest-France. Les télétravailleurs ne peuvent plus bosser, les entreprises tournent au ralenti, et la mairie fonctionne en mode dégradé.
À l'échelle nationale, les chiffres fournis par la Gendarmerie, qui a recensé six vols de câbles par jour en moyenne, étaient en légère hausse sur 2025. Orange, principal opérateur touché, doit reconstruire l'équivalent de la distance Paris-Alger, soit 2 700 kilomètres de lignes. Damien de Kerhor, délégué régional de l'opérateur historique, évoque « un pillage global. En Bretagne, il y a eu un vol tous les deux jours et demi. »
Il faut dire que le cuivre, dont le cours atteint désormais 12 000 dollars la tonne, contre 4 000 il y a dix ans, attire les convoitises. Le réseau cuivre d'Orange disparaîtra en 2030 au profit de la fibre, oui, mais les malfaiteurs ont déjà trouvé d'autres proies, comme les câbles SNCF, les bornes électriques, et les chantiers BTP. Pierre Yvroud, président du Syndicat des Énergies de Seine-et-Marne, s'interroge : « On ne va tout de même pas abandonner ces bornes d'utilité publique parce qu'on se fait voler le cuivre. »
Les ferrailleurs français sous surveillance mais pas infaillibles
Les gendarmes de Nantes ont observé pendant un mois entier un réseau en action. L'adjudant Philippe Courson décrit une opération millimétrée. « Repérage en journée. Puis la nuit, ils ouvrent deux trappes, coupent à chaque extrémité puis tirent avec les véhicules », décrit-il au sujet de la routine des malfrants. Les câbles sont ensuite découpés en tronçons d'1m50, et leurs gaines brûlées pour effacer toute traçabilité. Une organisation qui impressionne les enquêteurs.
Mais reste à revendre le butin. Les ferrailleurs français assurent jouer le jeu, avec des contrôles d'identité systématiques, l'interdiction de payer en liquide, et une collaboration avec la gendarmerie. L'un d'eux confie d'ailleurs qu'au moindre doute, « on refuse, voire on appelle les gendarmes. » Mais c'est sans compter sur certains professionnels peu scrupuleux, qui ferment les yeux. La preuve en mars 2025, lorsque la préfecture des Hauts-de-France a découvert des câbles volés à Orange chez un ferrailleur lillois.
La majorité du cuivre volé prend la route de l'étranger. Le lieutenant-colonel Erwan Coiffard dépeint un système emprunté au trafic de drogue. Deux voitures roulent de concert, la première à vide pour surveiller la route et prévenir la seconde, chargée du butin, si des gendarmes contrôlent. Le premier arrêt est généralement effectué en Espagne ou en Belgique, avant l'Afrique du Nord ou l'Europe de l'Est depuis les ports de Rotterdam, Anvers ou Le Havre. Avec une demande mondiale en hausse de 40 % d'ici 2040, le filon du cuivre est loin d'être épuisé.