L'ARCEP, le régulateur des télécoms, a ouvert une enquête administrative contre les opérateurs téléphoniques français, avec l'objectif de traquer l'origine des appels frauduleux, qui ont explosé ces dernières années.

Les opérateurs français vont devoir s'expliquer sur les appels frauduleux devant l'ARCEP. © Alexandre Boero / Clubic
Les opérateurs français vont devoir s'expliquer sur les appels frauduleux devant l'ARCEP. © Alexandre Boero / Clubic

L'usurpation des numéros de téléphone est devenue un fléau qui échappe presque à tout contrôle. En l'espace de trois ans, les signalements ont bondi de 531 à 19 000 en 2025, sur la plateforme de l'ARCEP, l'autorité de régulation des télécoms. Le régulateur veut que l'on puisse identifier l'origine des appels frauduleux et vérifier le respect des obligations d'authentification des numéros d'appelant.

L'usurpation de numéros devient la première cause de plaintes auprès de l'ARCEP

En 2023, seulement 531 Français signalaient à l'ARCEP que leur numéro avait été utilisé à leur insu pour passer des appels. Un an plus tard, le compteur bondissait à 8 500 victimes. Et en 2025, un nouveau pic à 19 000 plaintes déposées a été atteint. Ce phénomène d'usurpation est désormais le principal problème remonté au régulateur, devant toutes les autres réclamations sur la téléphonie.

Ces statistiques cachent un véritable cauchemar pour les victimes. Le scénario type, c'est votre téléphone qui sonne et, au bout du fil, quelqu'un qui vous engueule, parce que vous l'auriez appelé dix fois pour vendre une mutuelle. Sauf que vous n'avez jamais passé le moindre coup de fil. Votre numéro a en fait été usurpé par des centres d'appels peu scrupuleux qui inondent les Français de prospection commerciale. Auprès de l'ARCEP, les victimes racontent leur incompréhension totale face à ces accusations injustifiées.

Mais le pire reste à venir. Certains escrocs ont affiné leur technique jusqu'à l'art de la manipulation psychologique. Ils affichent comme numéro d'appelant celui d'un commissariat, d'une gendarmerie ou de votre banque. C'est là qu'un faux conseiller demande de « valider un paiement urgent » pour mieux vider le compte. L'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement confirme d'ailleurs la multiplication de ces arnaques sophistiquées.

Les appels frauduleux se poursuivent, malgré les garde-fous. © Maya Lab / Shutterstock
Les appels frauduleux se poursuivent, malgré les garde-fous. © Maya Lab / Shutterstock

Un arsenal anti-fraude qui ne suffit pas à stopper les escrocs

Sur le papier, la France s'est pourtant dotée d'un solide arsenal anti-fraude. La loi du 24 juillet 2020, entrée en vigueur trois ans plus tard le 25 juillet 2023, impose des obligations strictes aux opérateurs comme SFR, Bouygues Telecom, Orange et Free. Ils doivent authentifier chaque numéro d'appelant grâce à une signature électronique et couper net les appels dont le numéro n'est pas correctement vérifié. Une chaîne de confiance numérique, baptisée mécanisme d'authentification des numéros (MAN), relie tous les acteurs.

Le déploiement s'est fait progressivement. C'est au moins d'octobre 2024 qu'a eu lieu la généralisation pour les lignes fixes, puis en janvier 2025 pour les mobiles. La dernière couche de protection ajoutée tout récemment remonte au 1er janvier 2026. Depuis cette date, les opérateurs doivent masquer tout numéro mobile français qui n'a pas pu être authentifié lors d'appels provenant de l'étranger. La règle cible surtout les fraudeurs qui exploitent les interconnexions internationales.

Seulement voilà, les escrocs ne manquent pas de ressources. Malgré ces garde-fous qui se superposent, les signalements continuent leur ascension vertigineuse. Les fraudeurs démontrent leur capacité d'adaptation, identifient les failles du système plus vite que les autorités qui, elles, ne peuvent les colmater. Alors soit certains opérateurs appliquent mal les règles, soit des vulnérabilités techniques persistent dans le labyrinthe des réseaux téléphoniques.

L'ARCEP se donne les moyens de remonter la piste des appels frauduleux

Cette fois, l'ARCEP voit grand. L'enquête vise tous les opérateurs téléphoniques français sans exception. Pourquoi ratisser aussi large ? Parce qu'un simple appel frauduleux peut passer par les réseaux de trois ou quatre opérateurs différents avant d'arriver chez vous. Impossible donc de savoir qui a laissé passer la fraude sans vérifier chez tout le monde.

Les agents de l'ARCEP disposeront de pouvoirs d'investigation étendus pour remonter la chaîne. Ils pourront exiger la communication de tous documents et informations pertinents auprès des opérateurs, mais aussi de leurs sous-traitants et partenaires techniques qui gèrent l'authentification. Des descentes sur place de l'autorité sont également au programme pour vérifier sur pièces le respect des obligations légales et traquer les éventuels manquements.

L'enquête ne poursuit évidemment pas le but premier de sanctionner les opérateurs. Au-delà des sanctions, le régulateur vise plutôt à établir un diagnostic complet. L'autorité cherche surtout à comprendre par où passent les fraudeurs pour identifier les points faibles et les corriger. Le véritable enjeu reste que les Français puissent à nouveau faire confiance à leur téléphone. Tant que n'importe qui pourra usurper votre numéro pour arnaquer autrui, chaque sonnerie restera suspecte.