L’arlésienne du jeu PC semble enfin prendre corps. Après des années à laisser la communauté se débrouiller seule avec des solutions tierces, GOG lance un recrutement qui ne laisse aucune place au doute. La plateforme fraîchement indépendante prépare son débarquement officiel sur l’OS au manchot.

GOG veut ramener son client là où il a réellement sa place. © GOG
GOG veut ramener son client là où il a réellement sa place. © GOG

L'information, repérée initialement par nos confrères de Videocardz, sonne comme la fin d'une très longue blague au sein de la communauté open source. Alors que Valve a investi des ressources colossales pour bâtir un écosystème viable avec Proton et son Steam Deck, GOG brillait jusqu'ici par une indifférence quasi totale envers Linux. Les promesses d'un client Galaxy natif remontent pourtant à loin, mais elles se sont systématiquement évaporées dans les limbes du développement prioritaire sous Windows. Ce silence radio est officiellement rompu : l'entreprise cherche activement des ingénieurs pour coloniser ce qu'elle appelle désormais sa « prochaine frontière ».

Le recrutement qui trahit les ambitions

Il ne s'agit pas d'une rumeur de couloir, mais d'une fiche de poste très explicite publiée par la société polonaise. GOG est à la recherche d'un ingénieur logiciel senior pour rejoindre l'équipe Galaxy, avec une mission qui ferait presque sourire les vétérans de la plateforme : porter l'architecture existante vers de nouveaux horizons. Le descriptif est sans équivoque puisqu'il mentionne noir sur blanc que l'expansion vers Linux est la priorité technique du moment.

GOG Galaxy
  • Large choix de jeux anciens et récents
  • Contenus sans DRM, facilitant le partage
  • Fonctionnalités communautaires étendues
7 / 10

Ce revirement intervient dans un contexte particulier. Si vous suivez l'actualité de la boutique, vous savez que CD Projekt a vendu GOG, rendant la plateforme indépendante. Cette autonomie nouvelle force l'entreprise à chasser sur tous les terrains pour assurer sa viabilité financière. On ne peut plus se contenter de vivre dans l'ombre des succès de The Witcher ou Cyberpunk. Le candidat idéal devra maîtriser les environnements Debian et Ubuntu, preuve que l'objectif est de proposer une expérience clé en main, loin du bricolage actuel.

Jusqu'à présent, pour profiter de sa bibliothèque GOG sur un Steam Deck ou une machine Linux, il fallait passer par des lanceurs tiers comme le bien nommé Heroic Games Launcher ou Lutris. C'était fonctionnel, certes, mais cela privait GOG de données précieuses et d'un contrôle direct sur l'expérience utilisateur. En internalisant le développement, GOG admet implicitement que le marché a changé et que le temps de la négligence est révolu.

Une réaction pragmatique face à l'hégémonie de Valve

Il faut être lucide : ce n'est pas par pure philanthropie que GOG s'intéresse soudainement au noyau Linux. C'est une question de survie et de pertinence. Grâce à SteamOS, jouer sur Linux a le vent en poupe, et ignorer ce parc installé devient une faute professionnelle pour un revendeur de jeux numériques. Valve a prouvé que la demande était là, et d'autres acteurs majeurs l'ont bien compris, comme en témoigne le fait qu'Opera GX s'invitera bel et bien sur Linux dans quelques semaines. Le signal est clair : l'OS libre n'est plus une niche réservée aux développeurs barbus, c'est un segment de marché actif et dépensier.

Cependant, il convient de garder la tête froide. Même si Linux est le nouvel eldorado des joueurs, il ne faut rien exagérer quant aux parts de marché globales face à Windows. Mais pour GOG, dont le fonds de commerce repose sur la préservation du patrimoine vidéoludique et l'absence de DRM, le public Linux est une cible démographique parfaite. C'est une audience qui valorise la propriété numérique et la liberté technique, exactement l'ADN que GOG tente de vendre.

L'autre enjeu est de se positionner comme l'alternative « propre » à Steam. La boutique polonaise a une carte à jouer sur la curation et la stabilité. En proposant un client Galaxy natif, GOG s'offre la possibilité de venir concurrencer Valve sur son propre terrain : les PC de salon et les consoles portables. Reste à savoir si cette « prochaine frontière » sera franchie assez vite pour capturer l'attention des joueurs, ou si GOG arrive, comme souvent, un peu après la bataille.