Le groupe Renault a annoncé la dissolution d'Ampère pour juillet prochain. La filiale dédiée à l'électrique, qui compte 12 000 salariés, s'est enlisée dans la bureaucratie, et l'échec de l'introduction en Bourse n'a pas aidé.

Ampère, la filiale électrique de Renault, sera dissoute au mois de juillet. L'annonce a été faite mercredi aux organisations syndicales, révèle Le Figaro. Les 12 000 salariés des usines de Douai, Maubeuge, Ruitz et Cléon seront directement rattachés au groupe Renault. La décision enterre définitivement le projet d'introduction en Bourse porté par Luca de Meo et met fin à dix-huit mois d'une organisation jugée trop complexe par les équipes sur le terrain.
Les tracasseries administratives paralysent les équipes Ampère au quotidien
Ah, la bureaucratie ! Sur le site d'Aubevoye, un équipement neuf est resté bloqué six semaines alors qu'il était crucial. Le salarié devait raccorder au réseau électrique un nouveau pont élévateur pour un véhicule important. Mais il était impossible de savoir qui paierait la facture entre Ampère Software et Renault SAS. « On nous met une pression forte pour sortir dans les temps un nouveau véhicule et on perd des semaines à brancher un pont ! » s'est exaspéré le salarié.
Ce mille-feuille administratif a empoisonné le quotidien depuis la création d'Ampère fin 2023. Les équipes réclamaient unanimement une simplification, confirme un syndicaliste. Un comble, quand on sait que les dirigeants ne cessaient de glorifier la rapidité des équipes chinoises d'ACDC (Advanced China Development Center). Du temps et de l'argent perdus dans des tracasseries qui ont fini par étouffer l'élan initial.
Pourtant, Ampère a réussi à lancer la R5 électrique, un succès, et la 4L, à insuffler une nouvelle énergie et à inventer un modèle de développement plus rapide avec la Twingo électrique. François Provost, le nouveau directeur général de Renault, a choisi la simplification. Seules survivront Ampère Energy (batteries) et Ampère Software (logiciels). L'opération sera « neutre socialement », assure le groupe. Autrement dit, il ne devrait pas y avoir de licenciement.
Les syndicats s'interrogent sur la stratégie électrique française de Renault
La création d'Ampère était en partie motivée pour lever des fonds en Bourse. Luca de Meo, l'ancien patron, promettait monts et merveilles, avec un chiffre d'affaires de 10 milliards d'euros dès 2025, puis 25 milliards en 2031. Mais quand on l'interrogeait sur les résultats concrets de la filiale de Renault, il bottait en touche : « Ampère n'est pas cotée, je n'ai pas d'obligation de donner de chiffre. »
L'introduction en Bourse n'a finalement jamais vu le jour, faute de « conditions de marché favorables », selon la formule consacrée. Le coup de grâce est venu des partenaires japonais Nissan et Mitsubishi, qui devaient investir 800 millions d'euros ensemble dans Ampère. Sans ces partenaires ni levée de fonds, la structure perdait toute justification économique. François Provost a choisi d'être pragmatique.
Reste une question en suspens pour les syndicats. « Il y a deux ans et demi, on nous avait dit qu'il fallait réunir les sites français dans Ampère pour être puissants et avoir une masse critique dans l'électrique », rappelle Guillaume Ribeyre, délégué central de la CFE-CGC chez Renault. Aujourd'hui, d'autres usines européennes comme Novo Mesto en Slovénie (d'ailleurs terre de biathlon ces jours-ci) produisent aussi de l'électrique. Concernant les usines françaises du groupe, il faudra attendre le mois de mars pour avoir plus de réponses.