Microsoft a mis fin aux Easter Eggs dans ses produits à partir du début des années 2000. Bill Gates a rappelé l’importance de la sécurité, de la confiance des utilisateurs et de la qualité du code dans des environnements critiques.

On doit l'arrêt des Easter Eggs dans Windows à Bill Gates, en 2002 - ©Alexandros Michailidis / Shutterstock
On doit l'arrêt des Easter Eggs dans Windows à Bill Gates, en 2002 - ©Alexandros Michailidis / Shutterstock

Vous en voyez encore, mais n'en trouverez plus. Quand les développeurs de Microsoft parlaient d’Easter Eggs dans les années 1990, ils évoquaient des « surprises » cachées dans le code de Windows ou d’Office. Certains ingénieurs intégraient de petites animations, des jeux ou des messages humoristiques que l’utilisateur ne découvrait qu’en effectuant une série d’actions précises. Ces clins d’œil faisaient partie de la culture geek du logiciel. Mais au début des années 2000, le contexte a changé. Microsoft a reçu des demandes de ses clients professionnels et institutionnels pour garantir que chaque ligne de code soit documentée, testée et traçable, sans éléments secrets qui pourraient interférer avec le fonctionnement ou la sécurité des systèmes.

Sécurité, auditabilité et confiance avant tout

Bill Gates a lancé l’initiative dite Trustworthy Computing en janvier 2002. Dans sa lettre, il a demandé à tous les ingénieurs de placer la sécurité, la fiabilité et la vie privée des utilisateurs au centre du développement logiciel. Les équipes de Windows ont alors dû revoir leurs pratiques. Dans ce cadre, les Easter Eggs les gênaient aux entournures. En effet, leur écriture et l’insertion de leur code ne figurait dans aucune documentation officielle. Pour les testeurs et les équipes de sécurité, cela créait des zones d’ombre dans les revues de code et les audits

Les responsables qualité de Microsoft ont insisté pour que tout code soit soumis à des revues formelles, à des tests automatisés et à des certifications selon les standards internes. Quand un ingénieur intégrait un Easter Egg, il devenait difficile de s’assurer que ce code n’interagirait pas négativement avec d’autres composants, notamment dans des configurations d’entreprise complexes. Plusieurs responsables produits ont mentionné que les clients gouvernementaux refusaient d’accepter toute fonctionnalité qui n’aurait pas pu être tracée de bout en bout dans le cadre d’un audit.

Un exemple souvent cité par la communauté tech concerne les EPAuditBin, des outils internes qui relisaient le code avant diffusion. Ils indiquaient que du code non documenté risquait de provoquer des comportements inattendus. Même si un Easter Egg n’était pas malveillant, il pouvait échapper aux procédures normales de validation et créer des failles exploitables dans des environnements d’entreprise.

Dans les faits, Microsoft a rapidement supprimé les Easter Eggs des versions finales de Windows et d’Office.

À l'installation de Windows 11, Microsoft avait intégré un petit easter egg de Edge- ©Microsoft
À l'installation de Windows 11, Microsoft avait intégré un petit easter egg de Edge- ©Microsoft

Conséquences pour le développement logiciel chez Microsoft

Les développeurs habitués aux clins d’œil ont dû s’adapter. L’équipe a introduit des politiques internes exigeant que tout ajout au code source soit accompagné d’une documentation détaillée. Les revues de code ont commencé à intégrer des critères de conformité stricts. Les ingénieurs qualité pouvaient refuser la livraison de versions comportant du code non couvert par documentation ou tests unitaires. Dans ce modèle, un Easter Egg, par définition non documenté, ne pouvait plus passer entre les mailles du filet.

Dans les années suivantes, Microsoft a affiné ses processus pour répondre aux attentes des entreprises, administrations et utilisateurs exigeants. Les outils de sécurité, comme les analyseurs statiques et les environnements de test isolés, se sont multipliés. Chaque composant devait être justifié, mesuré et validé selon des critères transparents. Ce niveau de rigueur a aussi contribué à réduire le nombre de bugs et à améliorer la stabilité générale du système.

Les Easter Eggs existent encore dans des versions anciennes ou des programmes internes rassemblés par des passionnés. Sur des forums techniques ou des archives en ligne, des utilisateurs évoquent avec nostalgie ces clins d’œil dans d’anciennes éditions de Windows ou d’applications complémentaires. Certains Easter Eggs ont été découverts après 2002, car des versions internes ou des builds préliminaires contenaient encore du code non supprimé, que des passionnés ont exploré et documenté après coup.

Mais pour tous les produits officiellement diffusés depuis les années 2000, la politique est ferme : aucune ligne de code ne doit rester cachée, aucune fonctionnalité ne doit être invisible aux équipes de test ou aux audits. Cette approche a accompagné la montée en puissance des produits Microsoft dans les environnements professionnels critiques.

Source : NeoWin